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"Il faut savoir terminer une grève": quand Philippe tronque une phrase célèbre du communiste Thorez

Maurice Thorez et Édouard Philippe

Maurice Thorez et Édouard Philippe - AFP

Dimanche soir sur France 2, le Premier ministre Édouard Philippe a fait allusion à la tirade prononcée par Maurice Thorez en 1936, lorsqu'il dirigeait le Parti communiste français. Sauf qu'à l'époque, le PCF avait obtenu de réelles avancées sociales et les grèves, surtout, n'avaient pas immédiatement cessé.

C'est devenu un classique des gouvernements contemporains confrontés à des grèves longues. Dimanche soir sur France 2, Édouard Philippe se chargeait du service après-vente de son accord avec les syndicats réformistes. Fustigeant le jusqu'au-boutisme de la CGT et de Force ouvrière, le Premier ministre a exhumé une phrase célèbre de Maurice Thorez pour appuyer son propos: "Il faut savoir terminer une grève." 

Comme d'autres avant lui, le locataire de Matignon semble avoir tronqué à dessein la tirade de l'ancien secrétaire général du Parti communiste français. Prononcée le 11 juin 1936, quelques jours après les accords de Matignon signés avec le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, elle se poursuit ainsi: 

"Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications."

Point de "satisfaction" à l'horizon

La tonalité n'est pas exactement la même que celle invoquée par Édouard Philippe, dans la mesure où le projet de loi de réforme des retraites n'a pas encore été présenté en Conseil des ministres. Quant à la question du financement du système actuel, elle reste à trancher, d'où la tenue d'une fameuse "conférence des financeurs" jusqu'à fin avril.

Difficile, dans ces conditions, de déceler une quelconque "satisfaction" concrète pour l'instant du point de vue des syndicats, même réformistes. À l'heure actuelle, le spectre d'un "âge pivot" à 64 ans est loin d'avoir été totalement écarté.

Lorsque Maurice Thorez s'exprime le 11 juin 1936, la direction du PCF approuve les avancées sociales promues par l'exécutif, parmi lesquelles les 15 jours de congés payés et le passage à 40 heures de la durée de travail hebdomadaire. Ces deux dispositifs ne font néanmoins pas partie des accords de Matignon. Ils étaient inscrits dans le programme du Front populaire, dont le gouvernement est formé le 4 juin 1936.

Utilisée par Sarkozy et Hollande

Dans le texte de l'accord figurent deux exigences concomitantes: celle, adressée au patronat, de ne prendre aucune sanction à l'égard des travailleurs pour faits de grève; et celle, adressée aux syndicats, de la reprise du travail "dès que les directions des établissements auront accepté l'accord général intervenu et dès que les pourparlers relatifs à son application auront été engagés entre les directions et le personnel". 

Quelques jours plus tard donc, Maurice Thorez prend la parole lors du congrès du PCF au gymnase Jean Jaurès à Paris et demande ainsi aux ouvriers, une fois la lutte menée à bien, de reprendre le travail. Le mouvement de grève se poursuit pourtant encore plusieurs jours. La France ne se remet à fonctionner de façon normale qu'au mois de juillet. 

Malgré tout, ce tronçon de la phrase de celui qui dirigea le PCF pendant 34 ans jouit d'une forte popularité chez nos dirigeants récents, qu'ils soient de droite ou de gauche. Nicolas Sarkozy l'avait sorti de sa botte lors du 90ème congrès des maires de France, en septembre 2007, pour fustiger à l'époque un blocage des transports. Son successeur François Hollande s'en est également servi lors des manifestations contre la "loi travail". 

"Il y a un moment où selon une formule célèbre, il faut savoir arrêter une grève!", lançait-il dans un entretien accordé à La Voix du Nord.

Privée de sa deuxième partie, la phrase a le mérite de la simplicité.

Jules Pecnard