BFMTV

Et si Manuel Valls se présentait finalement en 2017?

François Hollande et Manuel Valls à la sortie de l'Elysée le 28 septembre dernier.

François Hollande et Manuel Valls à la sortie de l'Elysée le 28 septembre dernier. - Stéphane de Sakutin - AFP

Face aux difficultés de François Hollande, le Premier ministre se tient prêt. Et pourrait même envisager de se porter candidat plus tôt que prévu, pour la présidentielle de 2017.

On le pensait dans les starting blocks en vue de 2022. Mais depuis la parution du livre de confidences de François Hollande, Un président ne devrait pas dire ça, par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, la donne semble avoir changé. Manuel Valls était persuadé que François Hollande se présenterait à sa réélection, mais se tenait prêt. "Si Hollande n'y va pas, dans la minute, je suis candidat", avait-il dit avant la parution du livre, selon des propos rapportés par Le Monde lundi. Il résumait la situation en une phrase, citée par L'Express: "dans six mois, je serai soit en vacances, soit président de la République". Il ne croyait pas si bien dire.

Car déjà en grande difficulté en raison des difficultés économiques de la France, François Hollande est ébranlé une nouvelle fois par la réception de ses confidences: même ses soutiens les plus proches font part de leurs doutes, et laissent entendre que François Hollande est allé trop loin. Claude Bartolone, Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marc Ayrault… Tous font part de leur gêne. Manuel Valls lui-même, en voyage au Québec, a appelé à faire preuve de "pudeur".

Les parlementaires cherchent un plan B

"La parution de ce livre fait moins de dégâts dans l'opinion, où François Hollande est déjà très bas, que dans l'appareil gouvernemental et socialiste", estime Yves-Marie Cann, de l'institut CSA. "Les soutiens du Président sont ébranlés. Cela repose la question du bien-fondé de sa candidature".

Inquiets quant à leur réélection aux législatives de 2017, des parlementaires envisageraient une solution de secours. "Aujourd'hui, beaucoup savent que leur sort est lié à celui de la présidentielle. Donc certains, même non-vallsistes, vont jauger le potentiel des uns et des autres et prendre leur décision en fonction", affirme Yves-Marie Cann. Et leur choix pourrait pencher vers Manuel Valls. "On nous fait des appels du pied", affirme un de ses proches, cité sur France Inter. De son côté, le chef du gouvernement multiplie les déclarations: "Dans les semaines qui viennent, il faudra savoir (…) être forts, être dignes dans nos débats, porter plus haut la politique et le pays, ne jamais abaisser notre exigence".

Mais préoccupé par le fait de ne pas passer pour un "traître", prêt à remplacer dans la minute un Président affaibli, Manuel Valls fait attention à son image. Il a demandé à ses proches de ne pas trop en faire et d'éviter les passages en matinales radio et sur le fond, il a recentré son discours. Ses propos sur la laïcité lundi, appelant "au rassemblement et à l'espérance", ont frappé par leur aspect rassurant. Loin de l'image clivante du Premier ministre sur le sujet.

Valls tributaire de l'annonce de Hollande

Pour lui, rien n'est joué encore. Car Manuel Valls reste tributaire de la décision de François Hollande. Or le chef de l'Etat s'est donné jusqu'à décembre pour annoncer ou pas sa candidature. Impossible d'ici là de sortir du bois, et le chef du gouvernement doit rester loyal envers le Président. "Cela met Manuel Vals dans une position inconfortable, car il manque de temps pour préparer une éventuelle candidature", selon Yves-Marie Cann. Or la présidentielle a lieu dans 8 mois. Le temps risque de manquer.

D'autant que, à Matignon depuis deux ans et demi, Manuel Valls va devoir en cas de candidature défendre le bilan de François Hollande, qui est aussi le sien. L'absence de résultats économiques représente un handicap certain. Mais Manuel Valls a aussi des atouts, comme son expérience de l'Etat, et son intérêt pour les questions de sécurité. "Cela lui confère une présidentialité qui peut faire la différence", estime Yves-Marie Cann.

Ariane Kujawski