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Chômage: comment le gouvernement a changé d'éléments de langage

De l'inversion à la stabilisation du taux de chômage, la stratégie du gouvernement a évolué (Photo d'illustration)

De l'inversion à la stabilisation du taux de chômage, la stratégie du gouvernement a évolué (Photo d'illustration) - -

Plus question pour le gouvernement de faire des prévisions trop optimistes: désormais, sa stratégie consiste à stabiliser le taux de chômage… Et à ne plus en commenter les chiffres tous les mois.

Adieu inversion de la courbe, bonjour stabilisation du taux de chômage? La publication des chiffres du mois de mai - mauvais, une fois de plus - donne l'occasion de se pencher sur la stratégie du gouvernement pour communiquer sur le sujet. Plongée dans le monde fascinant des éléments de langage.

C'était un engagement de campagne de François Hollande, sur lequel il a basé son quinquennat: inverser la courbe du chômage "d'ici un an". Nous sommes à la rentrée 2012. L'objectif est rapidement élargi à "fin 2013".

L'échec de la méthode Coué version Sapin

Depuis, tous les mois ou presque, le jour de la publication des chiffres du chômage, les ministres ont pris l'habitude de prévenir, à travers leurs interventions dans les médias, que les chiffres n'atteindraient pas les objectifs espérés. Une façon de désamorcer par avance l'annonce fatidique de 18h. A l'époque, Michel Sapin est clair: il faut appliquer la promesse de François Hollande, et donc inverser la courbe. "La courbe sera étale" fin 2013, promet-il.

C'est un fait: fin 2013, l'objectif n'est pas atteint. Mais Michel Sapin relève que la courbe est "à deux doigts de s'inverser". Il ne veut pas baisser les bras, et affirme compter sur les emplois d'avenir créés par le gouvernement pour les jeunes.

Devant la droite, qui réclame sa démission à l'Assemblée, il vante "le chemin parcouru", face à la "diminution de l'augmentation". Et quoi qu'il arrive, il semble continuer à y croire. En février dernier, il souligne de nouveau l'objectif du gouvernement: "A la fin de l'année 2014, il faudra qu'il y ait moins de chômeurs".

De l'inversion à la stabilisation

Désormais, la stratégie a changé. François Rebsamen prend la place de Michel Sapin au ministère du Travail. Et il le dit: "Je me suis donné une consigne en arrivant, c'est de ne jamais commenter les chiffres mensuels du chômage", déclare-t-il sur iTélé. "Ces chiffres mensuels, quand on les prend mois par mois, ils ne veulent pas dire grand-chose, il faut les étudier sur une période assez longue", argumente-t-il.

Exit, les interviews matinales de fin de mois pour prévenir la déconvenue? De son côté, Michel Sapin explique ce jeudi que la croissance au premier trimestre a été trop faible pour que "cela fasse évoluer le chômage dans le bon sens". Des déclarations qui vont dans le sens des chiffres révélés par l'Insee mercredi. L'institut prévoit une poursuite de la hausse du chômage au 2e trimestre. Le gouvernement se garde bien désormais de faire des projections trop optimistes.

Plus question de parler d'inversion de la courbe non plus. L'objectif, pour François Rebsamen, c'est désormais de "stabiliser le taux de chômage sous le seuil des 10%". En 2013, il se situait à 9,7%. Et le ministre de commenter: "c'est un objectif limité, mais c'est un objectif qui est compréhensible, qui est clair, c'est donc une stabilisation à la fin de l'année que je veux constater". Désormais, l'heure est au réalisme.

A. K.