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Gérard Collomb reconnaît "un usage disproportionné de la force" pendant la mobilisation des gilets jaunes

Dans une interview accordée à Europe 1, CNews et Les Échos, l'ancien ministre de l'Intérieur est revenu sur l'encadrement des manifestations des gilets jaunes par les forces de l'ordre. Selon lui, "il y a eu des cas où l’on voyait bien un usage disproportionné de la force".

Il y a eu un "problème sur notre technique du maintien de l'ordre" lors des manifestations des gilets jaunes. Au micro du Grand Rendez-vous Europe 1/CNews/Les ÉchosGérard Collomb a reconnu ce dimanche que "maintenir l'ordre dans des circonstances pareilles est extrêmement compliqué", pour autant, "il y a eu des cas où l’on voyait bien un usage disproportionné de la force". 

579 signalements de violences

Entre le 17 novembre - début du mouvement des gilets jaunes - et le 31 décembre, 579 signalements ont été faits pour contester l'usage de la violence par les forces de l'ordre. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a reçu 265 plaintes entraînant l'ouverture d'une enquête et à ce jour, 105 dossiers sont clos et ont été transmis aux autorités judiciaires.

Au moment de ce bilan, mi-juin, la directrice de l'IGPN a rappelé que "tout usage de la force est violent. Les policiers ont la loi pour eux, il faut déterminer si cet usage est légitime ou illégitime". Elle a néanmoins réfuté "totalement le terme de violences policières".

Pourtant, les opérations musclées menées par les forces de l'ordre ont souvent été critiquées. Début juin, les organisateurs de la marche des "mutilés gilets jaunes" ont rappelé que depuis le début des manifestations, "23 personnes ont été éborgnées, 5 personnes ont perdu la main, une a été amputée d'un testicule, une a perdu l'odorat et une dizaine d'autres" ont eu d'autres blessures graves, tandis que 1900 policiers et gendarmes ont été blessés, note par ailleurs le ministère de l'Intérieur. Une arme est principalement mise en cause: le lanceur de balle de défense (LBD).

"Pas toujours aptes à utiliser" les LBD

"Je crois surtout qu’il faut une formation adaptée. Et comme il fallait utiliser l’ensemble des forces de l’ordre face à l'ampleur de la menace dans certaines villes, il n’y avait pas toujours des gens aptes à pouvoir utiliser ce genre d’armes", tance celui qui a quitté le ministère de l'Intérieur pour retrouver sa place de maire de Lyon.

En 2018, le nombre de munitions de LBD tirées par les forces de police a augmenté de 200%. Pour répondre à ces polémiques, l'actuel ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a organisé mi-juin un séminaire sur le schéma national du maintien de l'ordre, notamment lors des manifestations de gilets jaunes.

"Quel que soit le moyen de défense utilisé, il peut toujours y avoir des blessés. J'ai engagé une réflexion stratégique (...) tout est sur la table, y compris la question des modalités d'usage des LBD. D'autres moyens peuvent être renforcés comme les lanceurs d'eau qui sont utilisés en Allemagne ou même les chevaux", a-t-il expliqué, répétant qu'il "n'accepte pas l'expression 'violences policières'".

Ambre Lepoivre