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Jean-Marie Le Pen, l'épine dans le pied de sa fille Marine

Jean-Marie et Marine Le Pen le 29 novembre 2014 lors du congrès du FN.

Jean-Marie et Marine Le Pen le 29 novembre 2014 lors du congrès du FN. - Jeff Pachoud - AFP

Marine Le Pen, qui a travaillé à la "dédiabolisation" du parti, se voit de nouveau contrainte de se désolidariser des propos de son père au sujet du maréchal Pétain, une semaine après les déclarations déjà polémiques de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz nazies.

MISE A JOUR - Après l'interview donnée par Jean-Marie Le Pen à Rivarol, Marine Le Pen a décidé mercredi de sanctionner son père, qu'elle accuse de chercher à lui nuire. Une première pour la présidente du Front national, qui doit régulièrement éteindre les incendies allumés par le président d'honneur du parti, comme nous vous l'expliquions dans cet article publié le 3 avril 2015.

“Personne ne peut faire taire Jean-Marie Le Pen”. Cette réflexion d’un membre du bureau politique du FN en dit long sur l’ambiance qui règne au parti depuis 24 heures. Jeudi matin, sur BFMTV, le président d’honneur du Front national a répété une nouvelle fois ses déclarations sur les chambres à gaz nazies, un “détail de l’Histoire” selon lui.

Des propos qui ont forcé une nouvelle fois sa fille Marine Le Pen à exprimer son désaccord “sur le fond et sur la forme”, alors qu’une enquête a été ouverte pour contestation de crime contre l’humanité. Ce n’est pas la première fois que la présidente du FN doit le faire: en 2011, elle avait dit que les camps nazis étaient “le summum de la barbarie”.

En juin, elle avait dénoncé une “faute politique” quand il avait parlé d’une “fournée” concernant Patrick Bruel.

Depuis son arrivée à la tête du FN, Marine Le Pen n’a de cesse de se démarquer des remarques de son père, multipliant les efforts pour rendre son parti présentable et crédible en vue de la présidentielle de 2017. Les militants ou candidats à l’origine de remarques racistes ou antisémites sont désormais exclus, et tout est fait pour faire oublier les saillies de Jean-Marie Le Pen.

Deux stratégies divergentes

Tous deux ont à ce sujet deux stratégies divergentes: si le père estime que ses provocations lui apportent une attention médiatique, sa fille estime qu’elles “l’arrachent lui au néant médiatique, pas le Front”. Et de s’empresser une nouvelle fois d’isoler son père: “ces déclarations n’entachent pas le crédit du FN, mais le sien”, lâche-t-elle dans le magazine Causeur.

Reste que le président d'honneur du FN est aussi candidat autoproclamé du parti d'extrême droite pour les régionales de décembre en Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'une des principales cibles du FN. "Il veut savonner la planche de sa fille. En l'occurrence, il a savonné la sienne en Paca!" cogne un "mariniste".

Ces derniers temps, quelques responsables frontistes ont émis l'idée que Jean-Marie Le Pen s'interrogeait sur l'opportunité d'"y aller" ou pas. Marine Le Pen peut-elle lui retirer sa candidature, pas encore actée par les instances du parti ?

"Ça sera à elle de décider. Il faut mettre Jean-Marie Le Pen face à ses responsabilités: il ne veut pas le pouvoir, qu'il le dise!"

"Il ne changera pas, il faut faire avec"

Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN et comme tous les frontistes très prudent sur les relations entre "Le Pen" et "Marine", juge que "le FN de Marine Le Pen a déjà suffisamment démontré qu'il n'était pas du tout sur la même longueur d'ondes que Jean-Marie Le Pen à ce sujet-là".

"Ce que dit Jean-Marie Le Pen, tout le monde s'en fiche, je pense", veut-il croire aussi.

Interrogé sur Europe 1, le bras droit de Marine Le Pen Florian Philippot a parlé d'une "provocation parfaitement inutile" et reconnu le problème: "Il ne faut pas se le cacher, il n'a pas le même statut qu'un adhérent ou un militant classique." Pour un proche de Jean-Marie Le Pen, celui-ci "a la légitimité pour être candidat." Et ses déclarations? "Il ne changera pas. Alors il faut faire avec."

A. K. avec AFP