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Français, mettez-vous à la place des Allemands !

François Hollande et Angela Merkel

François Hollande et Angela Merkel - -

F. Hollande et A. Merkel ont dîné ensemble hier mercredi avant le conseil européen d’aujourd’hui et demain. Tous deux évoquent des « progrès » dans leurs discussions mais beaucoup de divergences persistent. Et si les Français devaient se mettre à la place des Allemands…

Le couple franco-allemand, c’est un mariage de raison. Nos deux pays n’éprouvent pas une passion l’un pour l’autre – il y a le poids de l’histoire, la concurrence politique au sein de l’Europe, les divergences culturelles. Ces différences ont toujours marqué les relations entre présidents français et chanceliers allemands. Le dîner Hollande-Merkel a dû ressembler à un dîner de fiançailles imposé par les familles : sourires forcés, ambiance pesante… Les fiancés font des efforts. Mais comme c’est la promise qui a la dot, c’est au jeune homme d’en faire le plus – devinez qui est le jeune homme !

F. Hollande sera-t-il obligé de céder à A. Merkel sur la question des abandons de souveraineté ?

Sûrement. Il est logique que l’Allemagne refuse de mutualiser les dettes des Etats s’il n’y a pas, en contrepartie, des mécanismes de surveillance pour éviter d’autres dérapages. Personne ne risque ses économies pour aider un voisin dépensier et surendetté. Le problème, c’est que les dirigeants français (droite et gauche) attisent l’antigermanisme en expliquant les exigences allemandes par une volonté de domination ou de puissance. Quand JL Mélenchon parle de « capitulation » de F. Hollande devant A. Merkel, ou que J. Cahuzac parle d’« hégémonisme », le vocabulaire n’est pas innocent. La vérité, c’est que si la France était dans la même situation que l’Allemagne, nous en ferions autant. L’incompréhension vient de ce que nous rêvons d’être à leur place, mais qu’on ne s’y met pas assez…

C’est donc forcément une question de suprématie européenne qui se joue entre nos deux pays ?

Oui et non. L’intransigeance de Mme Merkel tient surtout au fait qu’elle représente un peuple vieillissant qui s’inquiète pour ses retraites et son pouvoir d’achat. Le refus obstiné de l’inflation et la vénération de l’euro fort s’expliquent au moins autant par la démographie que par l’histoire – la faillite de la République de Weimar qui favorisa l’arrivée d’Hitler… S’y ajoute le poids des efforts surhumains des Allemands pour absorber la réunification, puis les réformes structurelles drastiques de G. Schroeder. Si nous Français avions subi des chocs pareils, nous serions nous aussi très sourcilleux sur la conduite budgétaire de ceux qui réclament notre solidarité…

Le modèle allemand est à la fois cité en modèle et critiqué. Qu’est-ce qui est le plus juste ?

Les deux évidemment. L’économie allemande est très compétitive mais à quel prix : un droit social très dur, pas de salaire minimum dans les services, une politique d’indemnisation du chômage draconienne, des millions de travailleurs pauvres… On n’imagine pas les Français accepter autant de restrictions sans des flots de grèves et de manifestants. D’ailleurs, ils ne veulent pas non plus des abandons de souveraineté qu’exige Mme Merkel. Comme il faudra bien, pourtant, trouver un terrain d’entente, on peut parier qu’il y a bien d’autres dîners en vue entre le président (qui apprend à présider) et la chancelière (qui est tout sauf chancelante). Espérons pour F. Hollande que V. Trierweiler n’ajoutera pas à la crise européenne une crise… de jalousie.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 28 juin, cliquez ici.

Hervé Gattegno