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Florange, une politique en fer blanc, une marque au fer rouge

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Après vingt mois de résistance des salariés, les hauts fourneaux de Florange sont fermés. Les syndicats accusent François Hollande de les avoir trahis autant que Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas faux.

Hélas, les ouvriers de Florange – et la France tout entière – ont vu de quel métal la politique du gouvernement était faite. Non pas de l’acier mais du fer blanc, inflexible en apparence mais qui se tord à la 1ère pression. Les sidérurgistes de Lorraine avaient bu les paroles de Nicolas Sarkozy ; ils ont partagé des saucisses avec François Hollande mais à l’arrivée, le menu, c’est soupe à la grimace. Florange va rester, pour François Hollande, le symbole douloureux de l’impuissance publique face à la désindustrialisation. Il a promis de revenir sur le site. On lui reprochera surtout d’être revenu… sur ses promesses.

François Hollande n’avait pas vraiment promis de sauver l’usine de Florange. Il avait justement dit : « Je ne veux pas promettre ce que je ne pourrais pas tenir… »

Précisément, il n’a pas promis l’impossible, mais quelque chose qui pouvait être tenu : une loi pour obliger les industriels à céder les sites rentables – c’était le problème à Florange : Mittal ne voulait pas céder les hauts fourneaux à un concurrent. Cette loi, on l’attend encore. La mesure était censée figurer dans la transcription législative de l’accord sur la sécurisation de l’emploi mais le Medef s’y est opposé. Des députés PS préparent un texte, que le gouvernement devrait soutenir. Tout cela est clair comme un ciel de Lorraine… quand les hauts fourneaux fumaient encore !

Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu que les candidats, François Hollande comme Nicolas Sarkozy, disent la vérité aux ouvriers de Florange : qu’on ne pourrait pas sauver leur usine ?

S’ils étaient sûrs de ne rien faire, ils ont été honteusement cyniques. Mais on peut lire le cas de Florange différemment. Le site n’est pas déficitaire en soi, c’est le marché de l’acier qui s’est effondré. Pourquoi ? Parce que la crise freine la consommation – et les plans d’austérité encore plus : on achète moins de voitures, d’appareils électroménagers, donc moins d’acier pour en fabriquer. Mais il y aura une reprise et ce jour-là, on aura à nouveau besoin d’acier. Entretemps, Mittal aura fermé ses petits sites et la France sera obligée d’importer son acier ! C’est à la fois absurde et désespérant.

Il aurait donc fallu maintenir coûte que coûte les hauts-fourneaux en activité ? C’était possible ?

Il fallait tenter d’en convaincre Mittal. Ou alors en passer par ce qu’Arnaud Montebourg a maladroitement appelé la « nationalisation temporaire » – en fait, l’expropriation de Mittal et la revente à un repreneur. François Hollande n’a pas voulu de cette solution mais il n’en avait pas d’autre. Et Jean-Marc Ayrault en a fait un sujet idéologique alors que c’était une option pragmatique – le Japon et l’Afrique du sud l’ont fait récemment, sans être des pays communistes ! Par naïveté, par calcul ou par faiblesse – ou les trois -, François Hollande a préféré laisser les hauts fourneaux s’arrêter. C’est un renoncement qui marquera sa politique industrielle… au fer rouge.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 25 avril.

Hervé Gattegno