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Fabius est le Premier ministre idéal… mais pas tout de suite

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Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Un sondage paru il y a quelques jours plaçait Laurent Fabius au premier rang des ministres préférés des Français et son nom est souvent cité pour la succession de Jean-Marc Ayrault. Votre parti pris : Fabius est le Premier ministre idéal… mais pas tout de suite.

Commençons par l’évidence. Laurent Fabius a toutes les qualités requises pour faire un bon Premier ministre : compétence, autorité, charisme. Et surtout l’expérience : dans le gouvernement et au dehors, il est de loin celui qui incarne le mieux cette fonction – qu’il a exercée il y a 30 ans, en menant une politique de rigueur alors qu’il était classé très à gauche.

On peut ajouter qu’il montre autant de loyauté envers François Hollande que Jean-Marc Ayrault (après l’avoir beaucoup critiqué quand ils étaient rivaux) et que, à l’inverse des autres prétendants, lui n’a (plus) aucune ambition présidentielle. Tout cela ferait de lui un Premier ministre plus rassurant que Jean-Marc Ayrault pour les Français… et que Manuel Valls pour François Hollande.

Pourquoi Fabius est-il redevenu aussi populaire ?

D’abord il est un bon ministre des Affaires étrangères et que c’est une fonction moins exposée. A part cela, Laurent Fabius est un incroyable paradoxe vivant. Il personnifie ce que les Français rejettent en politique : longévité hors norme, cumul des mandats et des fonctions (PM, ministre des Finances, dirigé le PS, président de l’Assemblée…), c’est un homme d’appareil, il manie la langue de bois (au Quai d’Orsay, c’est une qualité).

Si malgré tout cela, les Français ont fini par l’apprécier, c’est qu’il incarne ce qui manque le plus à ce gouvernement : le professionnalisme. Laurent Fabius a longtemps suscité l’indifférence. Aujourd’hui, il suscite la déférence.

Pourquoi Hollande devrait-il attendre avant de le nommer

Laurent Fabius a beaucoup de qualités, mais aussi des handicaps. Un qui tient au calendrier : sa crédibilité vient de ce qu’il représente bien la France dans les crises internationales en cours (Syrie, Iran, Afrique, Ukraine). L’appeler à d’autres fonctions, ce serait pour Hollande se priver d’un homme clé à une place essentielle.

Il a aussi un handicap personnel : Fabius n’a jamais été un leader très performant sur le plan électoral – et on sait que les scrutins qui viennent seront périlleux pour le PS. Donc si Hollande le veut à Matignon, il a de toute façon intérêt à attendre jusqu’aux régionales 2015. Fabius peut patienter : ça fait trente ans qu’il attend…

Fabius a-t-il vraiment envie de redevenir Premier ministre ?

Il dira que la question ne se pose pas en ces termes et qu’il aime ce qu’il fait. Le fait est qu’il ne s’interdit plus, depuis peu, de commenter les sujets économiques et sociaux. Il a souhaité un gouvernement "resserré", un nouvel élan économique – ses amis rappellent que, lui à Bercy, le chômage et les impôts ont baissé.

Ce qui le gênerait, c’est sa relation avec François Hollande : il est persuadé d’être plus fort, il aurait du mal à supporter une relation de vassalité. Mais il y a chez Laurent Fabius un désir de revanche (surtout depuis l’affaire du sang contaminé, qui était une injustice) et une envie très forte de compter. Le résultat est là : c’est un homme un peu suffisant, mais pour François Hollande, terriblement nécessaire.

Hervé Gattegno