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Stéphane Gatignon: "L'Etat ne sait pas ce qui se passe dans les quartiers"

Stéphane Gatignon, vendredi matin sur BFMTV et sur RMC.

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Stéphane Gatignon, le maire EELV de Sevran, en Seine-Saint-Denis, était l'invité de BFMTV et de RMC vendredi matin.

Le maire EELV de Sevran, en Seine-Saint-Denis, Stéphane Gatignon est directement concerné par le comité interministériel baptisé "Egalité, citoyenneté, la République en actes" qui se réunit à 15h ce vendredi sous la houlette de Manuel Valls, avec des mesures attendues sur la mixité sociale et le logement dans les quartiers sensibles.

"Les corps intermédiaires n'existent plus aujourd'hui dans la vie locale des banlieues, les partis politiques sont inexistants, les syndicats aussi. Il reste le monde associatif", explique-t-il, avant de regretter que les élus locaux n'aient pas été associés aux réflexions du gouvernement. "Il n'y a pas eu de débat, on va simplement nous annoncer des mesures".

"Il n'y a plus de pognon"

Premier point: "Il n'y a plus de pognon. (...) Il faut revoir la loi Lamy qui va nous mettre dans l'impasse financière en fin d'année", a déclaré Stéphane Gatignon.

Mais "l'Etat ne sait pas ce qui se passe chez nous car il n'y a plus de renseignement. (...) ce n'est pas qu'une question de savoir qui est bon, qui est méchant. La stigmatisation vient du fait que l'on ne sait plus ce qui se passe. (...) J'ai l'impression d'être face à une bureaucratie qui ne connaît pas le terrain", détaille Stéphane Gatignon, historien de formation. Pour lui, il y a urgence pour "combattre le Front national" et éviter que "Marine Le Pen ne soit élue en 2017".

"Apartheid"? "Manuel Valls a eu raison"

Le Premier ministre Manuel Valls avait soulevé un vif débat après les attentats de janvier en parlant d'"apartheid", mettant en lumière le sentiment de relégation ressenti par une partie des habitants dans ces quartiers très peu mixtes socialement. "Je pense qu'il a eu raison", soutient Stéphane Gatignon. "En France, il faut arrêter avec l'hypocrisie et nommer les choses". C'est une formule qui fait partie des "mots qui permettent de dire les choses et de provoquer un débat", a-t-il ajouté.

Parmi les origines de cette situation, le maire de Sevran pointe "le déséquilibre financier qui existe entre les communes. Le déséquilibre dans les dotations aux collectivités n'est plus possible". "En France, il faut seulement 6.000 à 7.000 communes au lieu des 36.000 actuelles", plaide Stéphane Gatignon.

Favorable à la légalisation du cannabis

Néanmoins, face aux violences et aux trafics, "pour rétablir l'Etat de droit, il faut plus de forces de police sur le terrain", juge-t-il. "Il y a eu des morts et des violences extrêmement fortes liées aux trafics" à Sevran, regrette le maire de la ville qui a dû "taper du poing" pour avoir de l'aide.

"La ville a été quadrillée pendant plusieurs années par les CRS, on a démantelé des réseaux(…) les choses se sont améliorées", pense Stéphane Gatignon mais "on n'a pas réglé les problèmes, le trafic s'est déplacé". Mais, outre des policiers, Stéphane Gatignon demande aussi "des enseignants mieux formés dans les quartiers".

Le maire de Sevran a également répété qu'il est "toujours favorable à la légalisation du cannabis. Il faut en débattre" pour enrayer le trafic de drogue. "Aujourd'hui des mafias du Kosovo organisent le trafic dans notre pays".

S.A.