BFMTV

La disqualification de Cécile Duflot à la primaire signe-t-elle le suicide des Verts?

Cécile Duflot, le 24 septembre 2014 (photo d'illustration)

Cécile Duflot, le 24 septembre 2014 (photo d'illustration) - Joël Saget - AFP

Pour certains, la défaite de Cécile Duflot à la primaire écologiste est "un suicide". Pourtant, un politologue assure à BFMTV.com que cette éviction pourrait redonner un nouveau souffle à un parti divisé.

La défaite de Cécile Duflot à la primaire écologiste signe-t-elle la fin d'Europe écologie-Les Verts? Seulement 12.000 personnes ont participé au premier tour de la primaire, un mauvais signe à sept mois de l'élection présidentielle. Au printemps dernier, EELV ne comptait même que 6.000 adhérents à jour de leur cotisation.

Le bénéfice de la notoriété?

Pour certains, la disqualification de Cécile Duflot est un contre-sens alors que l'ancienne ministre du Logement était la candidate la plus médiatique de la primaire écologiste ainsi que la favorite. "Nous sommes les spécialistes de comment se tirer une balle dans le pied", analyse la députée du Puy-de-Dôme Danielle Auroi.

Cet atout médiatique sera-t-il un handicap pour le candidat qui prendra le départ de la course à l'Élysée? Pas forcément, selon Daniel Boy, directeur de recherches au Cevipof.

"Une campagne présidentielle est toujours difficile pour les écologistes, assure-t-il à BFMTV.com. C'est un parti de niche et une candidature de témoignage. Mais elle n'aurait pas été plus facile avec Cécile Duflot: le bénéfice d'une notoriété avant la campagne n'est pas nécessairement un avantage."

Car selon ce spécialiste de l'écologie politique, un candidat inconnu du grand public gagne rapidement en notoriété en quelques semaines de campagne.

"Le suicide vert continue"

La députée de la 6e circonscription de Paris a dirigé le parti à trois reprises entre 2006 et 2012, un record chez les verts. Pour certains, c'est elle qui a permis de faire entrer Europe écologie-Les Verts dans l'arène politique. À sa tête en 2006, Cécile Duflot a accompagné le parti dans sa percée électorale aux élections régionales de 2010. Jean-Vincent Placé estime qu'EELV fait fausse route et que ce nouvel épisode est un arrêt de mort pour le parti.

"Le suicide vert continue, regrette le secrétaire d'État chargé de la Réforme pour Le Parisien. Après la séquence de sortie du gouvernement, après les alliances avec l'extrême gauche, ils coupent la tête de celle qui les a sortis du marasme il y a dix ans et qui a contribué à bâtir une crédibilité à l'écologie politique."

Des départs en série

En 2014, le départ du gouvernement de Cécile Duflot provoque une rupture chez EELV, certains étant favorables à la présence d'écologistes au sein de l'exécutif, d'autres affichant leur désaccord avec le gouvernement. A l'Assemblée nationale, le groupe ne cache plus ses divisions.

"Cécile Duflot a été punie pour la manière dont elle a géré les rapports avec le PS, analyse Daniel Boy. Lors de son départ, elle a tout de suite déclaré qu'elle était candidate à l'élection présidentielle. Une candidature qu'elle présentait comme naturelle, sans vouloir de primaire. Cela a fortement déplu aux écologistes qui ont une forte fibre démocrate. Être trop sûre d'elle-même lui a coûté."

La liste des départs est longue: Denis Baupin, député de Paris ; François de Rugy, député de Loire-Atlantique ; Jean-Vincent Placé, devenu secrétaire d'État ; Stéphane Gatignon, le maire de Sevran en Seine-Saint-Denis ; Pascal Durand, député européen et cofondateur d'EELV ou encore Barbara Pompili, devenue elle aussi secrétaire d'État, ont claqué la porte d'EELV. Emmanuelle Cosse, également entrée au gouvernement, en a été radiée.

"Rassembler sur les valeurs du parti"

Le politologue estime ainsi que l'éviction de Cécile Duflot de la primaire pourrait non pas accroître les ruptures mais rassembler un parti divisé.

"Les membres d'EELV vont certainement se rallier à celui ou celle qui sera désignée à l'issue de la primaire. Pour les élus qui avaient quitté le bateau et qui considéraient Cécile Duflot responsable de la scission, cela peut même redonner de l'unité."

Certains écologistes ont aussi souvent reproché à Cécile Duflot de faire passer des valeurs de la gauche, comme le social ou l'immigration, avant celles de l'écologie, rapporte Daniel Boy. "Michèle Rivasi comme Yannick Jadot ont des carrières de militants écologistes. Ils vont pouvoir rassembler sur les valeurs fondamentales du parti."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV