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La difficile greffe d’EELV au sein du gouvernement

Les divergences entre EELV et le PS pourraient bien, à terme, coûter sa place au gouvernement à Cécile Duflot.

Les divergences entre EELV et le PS pourraient bien, à terme, coûter sa place au gouvernement à Cécile Duflot. - -

Les propos tenus vendredi par Jean-Vincent Placé attisent de nouveau les rumeurs de malaise entre EELV et le PS au sein du gouvernement, révélant une fois de plus la cohabitation tendue des deux partis.

L'alliance PS-EELV au sein du gouvernement, tiendra-t-elle encore longtemps ? A six mois de la prise de fonction de l’équipe Ayrault, où figurent deux ministres Verts, Cécile Duflot, ministre du logement, et Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, le malaise gouvernemental se fait à nouveau sentir, avec les récentes déclarations de Jean-Vincent Placé.

L'incendie de Placé

Vendredi matin, le président du groupe écologiste au Sénat s’est en effet interrogé sur la place de ces représentants écologistes au sein de l’équipe gouvernementale. "Nous nous posons la question de savoir ce que nous faisons au sein du gouvernement", a-t-il affirmé, mettant en cause, notamment, le "virage post-rapport Gallois" et les annonces en faveur des entreprises, sans contrepartie écologique. Ce qui a provoqué l’ire des élus PS - qui se sont empressés d’éteindre ce nouvel incendie - et la gêne palpable des représentants EELV, qui l’ont moyennement soutenu.

D’ailleurs, quelques heures plus tard, Jean-Vincent Placé atténuait ses propos, assurant n’avoir "jamais" indiqué que les ministres écologistes pourraient quitter "demain" le gouvernement. Avant de préciser : "Ce n’est pas une mise au point. C’est la position du parti. Bien sûr que nous sommes inscrits dans la durée".

La "muselière" de Duflot

Une polémique qui intervient à peine plus d’un mois après qu’EELV ait voté contre le traité budgétaire européen, lors de son conseil fédéral du 22 septembre. Le soir même, Pascal Canfin et Cécile Duflot, absents à ce conseil, avaient joué profil bas. La ministre du Logement avait même jugé plus audacieux de poster une photo de ses exploits culinaires sur Twitter, en l’occurrence un chili con carne, accompagné d’une légende plutôt explicite : "Méthode antistress. Cuisiner un chili le samedi soir à 22 heures". Si ce geste du parti n’a pas été fatal aux deux ministres écologistes, il a révélé les lourdes divergences entre le PS et son allié et provoqué quelques fracas.

Suite à ce cafouillage, Cécile Duflot avait tenté de sauver les meubles, sur le plateau du JT de France 2, insistant sur l’importance de la solidarité collective au sein de l’équipe gouvernementale, en faisant valoir une ligne de conduite générale, respectée de tous. Un mois plus tôt, en août, la même Cécile Duflot confiait : "Depuis trois mois, on m’a rajouté une muselière. Mais c’est une muselière qui permet un petit peu de l’ouvrir". Une confidence qui en disait long sur l’ambiance en conseil des ministres.

Le divorce, pas à l'ordre du jour ?

Malgré ce malaise évident, les représentants EELV ne cessent de rappeler, depuis plusieurs semaines, qu’un départ des deux ministres écologistes du gouvernement n’est pas à l’ordre du jour, et que leur engagement s’inscrit dans la durée.

"Je pense que notre participation au gouvernement et la majorité n'a pas été faite à la légère, sur un coup de tête. Il n'est pas question pour nous de la remettre en cause tous les quatre matins", estime François de Rugy, coprésident du groupe EELV à l’Assemblée. Pour le porte-parole du parti, Jean-Philippe Magnen, les deux ministres "font leur boulot". "Nous avons fait le choix d'assumer une coalition avec nos convergences et nos divergences", fait-il valoir. Pour autant, les deux responsables ne nient pas les divergences sensibles avec le PS sur le dossier de la compétitivité ou celui de l’aéroport Notre Dame des Landes.

De son côté, Jean-Marc Ayrault s’est voulu rassurant, vendredi, se disant "persuadé que les Verts seront au rendez-vous de l’action gouvernementale". Quant à savoir si EELV a sa place au gouvernement, le Premier ministre se contente d’un évasif : "La question est à poser à eux et pas à moi". Ce qui semble quelque peu ambigu, venant du locataire de Matignon lui-même, chef de file de l’équipe gouvernementale. D’autant plus qu’il y a un mois, son avis était plus tranché. "La question de la participation (des ministres EELV) au gouvernement ne se pose pas", estimait-il fin septembre, en réponse à la cacophonie autour du traité budgétaire.

Hasard du calendrier, dans un entretien à Marianne, cette semaine – accordé avant que n’éclate la polémique provoquée par Placé - François Hollande juge "possible" un départ des écologistes du gouvernement. Avant d’ajouter : "Je ne le souhaite pas […]. Enfin, nous verrons bien. Dans tous les cas, pas de panique !". Là encore, l’ambiguïté est de mise.