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Esclavage: Manuel Valls défend "une mémoire apaisée"

Le Premier ministre, Manuel Valls, en compagnie de sa femme, lors d'une visite du lycée français d'Accra, la capitale du Ghana.

Le Premier ministre, Manuel Valls, en compagnie de sa femme, lors d'une visite du lycée français d'Accra, la capitale du Ghana. - RUTH MCDOWALL / AFP

Le Premier ministre, Manuel Valls, est en déplacement en Afrique de l'Ouest. Dans une tribune publiée par le journal Le Monde et le mensuel anglophone The Africa Report, le chef de Matignon invite à s'affranchir du passé de l'esclavage et défend l'idée d'une mémoire apaisée.

En tournée en Afrique de l'Ouest, le Premier ministre, Manuel Valls, a appelé ce dimanche à "s'affranchir du passé" de l'esclavage, écartant les revendications de réparations financières, tout en défendant une "mémoire apaisée" de l'"horreur" et du "désastre" de la traite négrière.

Le chef du gouvernement français signe une tribune intitulée "On ne peut pas réparer l'esclavage mais on peut préparer l'avenir", publiée par le quotidien français Le Monde et le mensuel anglophone The Africa Report.

Toujours dans cette thématique, Manuel Valls devait rendre visite, ce dimanche matin à Accra, capitale du Ghana, à la Franklin House, une ancienne maison de traite.

Créer un système d'échange universitaire avec l'Afrique 

Dans cette tribune, le Premier ministre plaide pour la création d'un système d'échanges euro-africain sur le modèle d'"Erasmus", plutôt que des "réparations" réclamées par certains militants.

"Il ne s'agit pas tant de vivre dans l'idée d'une réparation - comme disait le grand poète martiniquais, descendant d'esclaves, Aimé Césaire, l'esclavage est 'irréparable' - que de regarder vers demain, c'est-à-dire renforcer les liens entre nos deux continents", plaide Manuel Valls.

"La traite négrière a été un désastre à grande échelle. Cette réalité doit être rappelée, enseignée, martelée. Il faut toujours rappeler l'enfer de douze millions d'hommes, de femmes, d'enfants arrachés à la terre de leurs ancêtres pour traverser l'Atlantique, enchaînés, réduits à l'état de bétail, de marchandises. Combien d'atrocités, de viols, de meurtres ! C'est un crime contre l'humanité", comme le reconnaît depuis 2001 en France la loi Taubira, écrit le Premier ministre.

"La mémoire ne doit pas désunir"

Mais pour Manuel Valls, "la mémoire ne doit pas désunir". "Elle doit au contraire refermer les fractures et rassembler, dès lors que l'on fuit ce penchant terrible de la concurrence mémorielle, de la hiérarchie, de la comparaison entre les souffrances des uns et les malheurs des autres", écrit celui qui est un des principaux opposants au polémiste Dieudonné, qui appelle régulièrement à moins commémorer la Shoah pour davantage mettre en avant l'esclavage.

Regrettant le temps qu'il aura fallu pour "reconnaître la réalité de l'esclavage", les "silences" et les "non-dits", Manuel Valls appelle toutefois à ne pas confondre l'histoire de l'Afrique et celle de l'esclavage, "à laquelle on veut trop souvent la réduire". 

"Je sais que l'Afrique a en elle la force de s'affranchir de ce passé", écrit le Premier ministre.

"S'affranchir de son passé, ce n'est pas absoudre ceux qui ont pu commettre des crimes. Ce n'est pas oublier (...) S'affranchir du passé, c'est connaître l'histoire et être fier de ce que l'on est aujourd'hui (...) S'affranchir de son passé, c'est aussi se tourner avec enthousiasme vers l'avenir", plaide-t-il encore.

A l'occasion d'un voyage aux Antilles en mai 2015, le président français François Hollande avait déjà écarté l'idée de réparations matérielles. Mais l'ambiguïté de sa formulation, qui semblait dire le contraire, avait déclenché une polémique.

M.H. avec AFP