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Primaire à gauche: "François Hollande n'a pas été élu 10 ans"

François Hollande sur le perron de l'Elysée

François Hollande sur le perron de l'Elysée - Kenzo Tribouillard - AFP

Dans une tribune, des membres de la société civile appelle à une primaire à gauche en vue de 2017. Et plus que de s'appuyer sur la faible popularité de François Hollande, ils demandent davantage de débat à gauche. Le président de la République reste pour le moment loin de ces discussions qui sonnent tout de même comme un cinglant désaveu. 

Ironiquement, sans cette fameuse primaire ouverte, François Hollande n'avait que peu de chances d'accéder à l'Elysée en 2012. Quatre ans plus tard, et alors qu'il reste un an et demi à son mandat, des membres de la société civile, dont Daniel Cohn-Bendit et Thomas Piketty associés au journal Libération, demandent une grande primaire à gauche en vue de la présidentielle de 2017. Malmené dans les sondages d'opinions malgré un sursaut éphémère lié aux attentats de novembre 2015 contre Paris et le Stade de France, le président de la République est donc impopulaire dans le pays mais aussi au sein de sa propre famille politique élargie. Du moins, il n'est pas le leader évident qui couperait court aux débats pour désigner le candidat de gauche pour 2017.

"Ce n'est pas une opération anti-François Hollande, tempère le sociologue Michel Wievorka sur RMC. Il a signé cet appel et affirme s'exprimer au nom des "intellectuels de gauche". "La démarche consiste à dire que nous n'avons pas élu François Hollande pour 10 ans. Nous ne sommes pas forcément d'accord avec la politique actuelle et le moment est venu de mettre fin à la congélation du débat" au sein de la gauche, poursuit-il.

Inventaire de 5 années sous Hollande

Le président de la République "n'est pas le candidat naturel" de la gauche, renchérit le député Yannick Jadot à BFMTV. Qui alors? Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot? Aucun nom ne ressort du texte qui insiste sur la nécessité de débattre, comme pour contraindre le futur candidat à respecter ses engagements. 

Justement, "si François Hollande veut être candidat il doit se re-légitimer dans son camp, estime encore Yannick Jadot. Pour être présent au second tour (en 2017), il faut éviter la multiplication des candidatures de gauches et des écologistes", poursuit Yannick Jadot. "Nous ne sommes pas dans un régime monarchique", insiste de son côté le frondeur Laurent Baumel qui juge que "la politique de ce quinquennat n'a pas fédéré, ni à gauche, ni au PS".

"La primaire est un débat démocratique et ça paraît légitime de dresser l'inventaire" de cinq années sous Hollande, tranche-t-il dans ce qui sonne comme un désaveu.

Une primaire de "Macron à Mélenchon"

Pourtant, "si elle n'est pas impossible" car inscrite dans les statuts du PS, cette primaire est "improbable", a commenté le patron du parti Jean-Christophe Cambadélis sur France Info. Selon lui, la "seule primaire qui fonctionne, celle qui permet de gagner l'élection, c'est celle de toute la gauche, de Macron à Mélenchon". Un cas de figure hautement improbable même si "cet appel s'adresse autant au PS, qu'au Front de gauche et qu'aux écologistes", martèle Yannick Jadot.

François Hollande, qui a adopté la posture de père de la nation lors de ses voeux et réaffirmé ses ambitions dans le domaine de l'emploi, reste lui silencieux sur le sujet. Et si à droite, où l'on copie le procédé, on parle d'une "humiliation du président", à ses visiteurs, sans montrer d'agacement, le chef de l'Etat répond selon Libération: "s’il y avait une primaire de toute la gauche, je ne pourrais m’y soustraire".

Tout est dans l'emploi du conditionnel. En refusant la confrontation, François Hollande gagne aussi du temps. Car même impopulaire, celui-ci est au moins autant compté pour ses détracteurs que pour lui dans la mesure où l'alternative n'est pas évidente.