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Pari réussi pour Hollande? Le match des éditorialistes

Thierry Arnaud et Eric Brunet, éditorialistes sur BFMTV, livrent leur analyse de la conférence de presse de François Hollande.

Thierry Arnaud et Eric Brunet, éditorialistes sur BFMTV, livrent leur analyse de la conférence de presse de François Hollande. - -

Sa troisième conférence de presse a-t-elle permis à François Hollande de relancer son quinquennat, après une fin d'année difficile? Le point de vue de nos éditorialistes politiques, Thierry Arnaud et Eric Brunet.

La conférence de presse du président de la République de ce mardi, était annoncée comme cruciale par l’Elysée. François Hollande a-t-il réussi à relancer son quinquennat après une fin d'année 2013 difficile? Les réponses des éditorialistes politiques de BFMTV et RMC, Thierry Arnaud et Eric Brunet.

> SUR LE FOND

François Hollande a-t-il approfondi son virage social-libéral?

Thierry Arnaud: Je ne pense pas qu'il ait pris un virage, il a plutôt assumé ce qui a toujours été sa ligne politique. C'est un social-démocrate, un deloriste. Il l'a un peu dissimulé pendant sa campagne et aussi depuis qu'il est à l'Elysée, pour ne pas fâcher tout le monde. Aujourd'hui, il le revendique de façon claire pour la première fois.

Eric Brunet: Je n'irais pas jusque là, mais il a avoué pour la première fois qu'il était social-démocrate. Je pense que c'est une première parce que jusqu'à présent, il ne menait pas une politique social-démocrate. Il est encore très loin de Tony Blair ou Gerhard Schröder. Pour moi, c'est un coup de plumeau sur la vitrine du Parti socialiste.

A-t-il su détailler le financement de son pacte de responsabilité?

Thierry Arnaud: Non, il a manifesté des intentions extrêmement ambitieuses, très claires et assumées. Il assume le socialisme de l'offre, la nécessité de faire ce qu'il faut pour les entreprises. Mais il ne dit pas comment il va y arriver.

Lorsqu'on lui dit cela, il répond que sa méthode repose sur la négociation. C'est ça, la social-démocratie: on met tout le monde autour d'une table et on réforme. Mais malgré tout, ce manque de détails et de précisions entraîne de lourdes interrogations. On reste sur sa faim.

Eric Brunet: Il y a encore une grande inconnue: comment l'Etat va réaliser ces économies? Même si elles sont budgétisées, on a peine à croire qu'elles s'inscrivent dans la réalité. D'ailleurs, François Hollande a fait preuve d'une grande imprécision quand on lui a demandé de détailler ce pacte de responsabilité. C'est dommage, car toute sa conférence de presse était basée sur cette nouveauté.

A-t-il réussi à clore "l'épisode Closer"?

Thierry Arnaud: Il a très bien géré cet épisode. Il n'a pas esquivé le sujet, il a répondu de manière sobre et légitime. Mais il n'a pas clos le chapitre: ce n'était pas ce soir qu'il allait le faire, alors que Valérie Trierweiler est toujours hospitalisée. Mais il y aura une mise au point, et cela, le président François Hollande l'a dit.

Eric Brunet: Non, pas du tout. Il est à la fois malhonnête et trop facile de le clore en disant 'je ne veux pas m'exprimer sur ce chapitre de ma vie privée'. Dans toutes les grandes démocraties du monde, la vie privée des présidents et des rois se confond avec la vie publique. Aujourd'hui, François Hollande est la risée de toutes les grandes nations de la planète, et avec lui, la France.

> SUR LA FORME

Un François Hollande à l'aise?

Thierry Arnaud: Oui, je l'ai trouvé plutôt à l'aise dans un exercice extrêmement difficile. Il faut dire que traditionnellement, François Hollande est plutôt bon dans ce genre d'exercice. J'aurais tout de même deux réserves. D'une part, il a du mal à se défaire d'un de ses grands défauts: il est trop technique. On a parfois plus l'impression d'assister à un oral de l'ENA qu'à une conférence de presse du président. D'autre part, sa conférence était trop longue: cela nuit à la clarté de son message.

Enfin on a bien vu que sa mine était plus grave que d'habitude: on a eu droit à très peu de blagues dont Hollande a le secret. Mais c'était tout à fait compréhensible.

Eric Brunet: Je lui donnerais la moyenne. Il était à l'aise, mais peu brillant. Il était bien meilleur sur les sujets sociétaux qu'économiques. Dans l'ensemble, je l'ai trouvé maladroit et moyennement à l'aise. J'ai vu un président dans la norme. Ma note: 10/20.

Une petite phrase à retenir?

Thierry Arnaud: De cette conférence de presse de François Hollande, je retiendrai deux petites phrases: "les affaires privées se traitent en privé" et "c'est sur l'offre qu'il faut agir", car cette phrase montre la social-démocratie assumée du président de la République.

Eric Brunet: Non. A mes yeux, rien de marquant et de saillant ne ressort de cette conférence de presse du président de la République.

> UN PARI RÉUSSI ?

Thierry Arnaud: On ne le saura qu'au printemps, une fois que l'ensemble du processus engagé aboutira. Il est impossible de tirer des conclusions maintenant.

Ce soir, on peut toutefois remarquer deux choses:
- François Hollande a passé un cap très ambitieux, ouvertement assumé, très social-démocrate voire social-libéral.
- On a le sentiment qu'il a reconnu avoir perdu du temps depuis qu'il est à ses fonctions. Il a reconnu avoir sous-estimé la crise, il change d'avis sur les régions... Bref, il a reconnu qu'il n'avait pas pris la mesure de l'état du pays tel qu'il était lorsqu'il est arrivé au pouvoir, et qu'il a donc perdu du temps.

Eric Brunet: Non, ce pari va être démonté dans les prochaines heures par les vrais économistes. C'est trois heures de conférence sur un quiproquos: sur les 30 milliards du pacte de responsabilité, il y en a déjà 20 qui sont donnés au titre du CICE, c'est déjà acté. Donc la politique de relance de François Hollande ne repose que sur 10 milliards d'allègements de charges. Ca n'est pas avec cela qu'il va relancer la France.

A. K.