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Macron prévient que la France pourra frapper seule en Syrie

Emmanuel Macron lors de la commémoration de l'Appel du 18 juin, le 18 juin 2017 au Mont-Valérien

Emmanuel Macron lors de la commémoration de l'Appel du 18 juin, le 18 juin 2017 au Mont-Valérien - Bertrand Guay / AFP

En cas d'utilisation avérée d'armes chimiques par le régime syrien, la France pourra procéder à des frappes pour détruire les stocks, assure le président français dans une interview accordée à plusieurs médias européens.

Un peu plus d'un mois après son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron a donné son premier entretien à une série de journaux européens dont Le Figaro. Il y expose les grands principes de sa politique étrangère, et s'exprime notamment sur la guerre en Syrie.

Alors que son prédécesseur, François Hollande, avait longtemps fait du départ de Bachar al-Assad une condition préalable à la résolution du conflit syrien, le nouveau président de la République présente une vision plus nuancée.

"Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime!", indique-t-il dans cet entretien.

Pour Emmanuel Macron, la priorité, c'est bien la stabilité du pays. "Avec moi, ce sera la fin d'une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans", prévient-il. 

"La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie", explique-t-il.

Les armes chimiques, une ligne rouge à ne pas franchir

Si François Hollande envisageait des frappes syriennes contre le régime de Bachar al-Assad dans le cadre d'une coopération avec les Etats-Unis, là aussi, Emmanuel Macron se distingue. Le Président est clair: Oui, "s'il est avéré que des armes chimiques sont utilisées sur le terrain et que nous savons en retracer la provenance", la France pourra frapper seule "pour détruire les stocks d'armes chimiques identifiés".

"Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d'être faible. Ce n'est pas mon choix", prévient-il. Emmanuel Macron revient sur le volte-face des Etats-Unis en 2013, lorsque Barack Obama avait finalement renoncé à frapper la Syrie, préférant jouer la carte de la diplomatie

"Qu'est-ce qui a bloqué les choses en 2013? Les États-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu'est-ce qui a affaibli la France? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu'est-ce qui a du coup libéré Vladimir Poutine sur d'autres théâtres d'opérations? Le fait d'avoir constaté qu'il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter".

Emmanuel Macron assure avoir deux lignes rouges: "les armes chimiques et l'accès humanitaire". "L'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d'ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis", déclare-t-il alors que Donald Trump a mené des frappes unilatérales sur des installations du régime de Bachar al-Assad début avril. 

Travailler avec la Russie, "c'est faisable"

Interrogé sur ses divergences avec son homologue russe sur le dossier syrien, le président français assure qu'il sera "intraitable sur ces sujets".

"Qu'est-ce qui motive Vladimir Poutine? C'est de restaurer un imaginaire russe puissant pour tenir son pays", explique Emmanuel Macron. "Il pense que la Syrie est une question de voisinage fondamental pour lui" et "je ne crois pas qu'il ait une amitié indéfectible à l'égard de Bachar el-Assad" mais "il a deux obsessions: combattre le terrorisme et éviter l'Etat failli", ajoute-t-il.

Le Président français salue un dialogue constructif avec Vladimir Poutine et se montre optimiste sur la coopération entre les deux pays, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. "Réussir à travailler ensemble sur la Syrie pour lutter contre le terrorisme et déboucher sur une vraie sortie de crise, je pense que c'est faisable". Mais "je continuerai à être un interlocuteur très exigeant en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux", promet-il.

Mélanie Rostagnat