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Les ambitions européennes d'Emmanuel Macron d'ici à 2024

Défense, sécurité, énergie, éducation... Dans le prestigieux amphithéâtre de la Sorbonne, Emmanuel Macron a dévoilé les axes de sa vision des institutions européennes.

Emmanuel Macron a détaillé son plan pour une réorientation de l'Union européenne à la Sorbonne ce mardi. En préambule, il a déclaré que l'Europe était "trop faible, trop lente, trop inefficace" mais qu'il était aussi essentiel de la relancer face aux "grands défis" du monde. "L'Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace mais l'Europe seule peut nous donner une capacité d'action dans le monde face aux grands défis contemporains", a-t-il déclaré en présentant ses propositions pour relancer le projet européen.

Politique: réduire le nombre de membres de la Commission

Il a livré sa vision des institutions européennes. Fixant l'année 2024, lors de laquelle se tiendront des élections européennes, comme horizon, il a émis le désir d'une Europe fondée à cette date sur deux piliers: "les valeurs de l'Etat de droit", rejetant la "fascination" qu'il prête à certains acteurs politiques pour les "démocraties illibérales", et le "le marché unique". Dans un angle plus pratique, il a appelé à réduire le nombre de commissaires européens: "On ne peut pas continuer avec une Commission de 30 membres, il en faut 15! Que les pays fondateurs renoncent à leurs commissaires pour commencer. Nous donnerons l'exemple".

Il a renouvelé le voeu d'un couple franco-allemand renforcé, soumettant l'idée d'un nouveau traité de l'Elysée pour le 22 janvier prochain. Il a poursuivi en annonçant sa volonté que les pays aient intégré totalement leurs marchés d'ici 2024 en appliquant les mêmes règles à leurs entreprises, au droit des affaires et au droit des faillites.

Par ailleurs, il a posé l'idée de "conventions démocratiques", débats nationaux et locaux sur la base de questions communes dans toute l'UE, qui seraient organisés en 2018 dans tous les pays de l'UE volontaires pour définir la feuille de route de demain. Il a aussi envisagé de renforcer le Parlement européen par des listes transnationales, dès 2019, en utilisant le quota des députés britanniques partants.

Assumer une Europe "à plusieurs vitesses", prendre acte du Brexit

Emmanuel Macron a assumé vouloir une Europe "à plusieurs vitesses", où le Royaume-Uni pourrait avoir sa place. L"'Europe est déjà à plusieurs vitesses, alors n'ayons pas peur de le dire et de le vouloir", a-t-il lancé, souhaitant autour d'un "coeur de l'Europe", "un socle renforcé" permettant des "différenciations plus grandes".

"Dans ce que je pose, je n'imagine pas que le Royaume-Uni ne puisse trouver sa place", a-t-il ajouté

Une police européenne aux frontières, et un parquet européen antiterroriste 

Ce versant politique l'a amené à considérer le domaine de la sécurité européenne. "La première clef, le fondement de toute communauté politique, c’est la sécurité. Nous vivons en Europe un double mouvement: un désengagement progressif et inéluctable des États-Unis et un phénomène terroriste durable (…)", a-t-il d'abord énoncé Emmanuel Macron. 

Le président de la République a ensuite soulevé les hypothèses d'une création d'une Académie européenne du renseignement, d'un parquet européen contre le terrorisme et d'une force commune de protection civile contre les catastrophes naturelles, ainsi que d'un Office européen de l'asile et d'une police européenne des frontières. Il a aussi mis sur la table son envie d'une force commune d'intervention européenne pour 2020, assortie d'un budget de défense commun et une "doctrine commune" pour agir. 

Les idées de Macron pour l'économie européenne

Mais c'est la question sociale et économique qui a constitué l'axe le plus épais de ce discours. Emmanuel Macron a fustigé une Europe qui "ne protège pas face au dumping social". "On a laissé s'installer un marché du moins-disant social", a-t-il ajouté avant de prôner la nécessité de "se battre pour la justice" et pour une "convergence fiscale et sociale". Il a proposé, pour ce faire, plusieurs pistes: une harmonisation des bases de l'impôt sur les sociétés, astreignant les Etats-membres à s'inscrire dans une "fourchette de taux"; un salaire minimum "adapté aux réalités économiques de chaque pays". Enfin, il a appelé à "partager une monnaie" pour "en faire quelque chose". 

Il a encore avancé la possibilité de créer au niveau européen "une taxe sur les transactions financières", qui serait "affectée intégralement à l'aide" au développement. "Il y a deux pays en Europe qui ont une taxe sur les transactions financières", la France et la Grande-Bretagne. "Prenons cette taxe, généralisons-la à l'ensemble de l'Europe", a-t-il lancé, en présentant une série de propositions pour relancer le projet européen.

Il a aussi suggéré la fondation d'une Agence européenne de l'innovation numérique. Il a en effet évoqué une "Agence européenne pour l'innovation", capable de financer en commun des champs de recherche nouveaux, comme l'intelligence artificielle. Emmanuel Macron a parallèlement rappelé sa volonté de taxer les entreprises numériques en taxant la valeur "là où elle se crée", et de réguler les grandes plateformes. "Nous ne pouvons pas accepter d'avoir des acteurs européens qui sont taxés et des acteurs internationaux qui ne le sont pas, des acteurs du numérique qui n'ont aucune taxe et qui viennent concurrencer des acteurs de l'économie traditionnelle qui, eux, la paient", a-t-il développé. 

Environnement: du carbone à la PAC

Au plan environnemental, Emmanuel Macron a proposé de fixer au niveau européen un "juste prix" pour le carbone, dont les échanges permettent de pénaliser les industries polluantes, "suffisamment élevé" pour encourager la transition écologique, d'au moins 25 à 30 euros la tonne.

Il a aussi proposé de mettre en place aux frontières européennes une taxe sur le carbone qui pèserait sur les importations issues d'industries polluantes, afin "d'assurer l'équité entre les producteurs européens et leurs concurrents". Il veut aussi un programme européen pour stimuler les voitures propres.

Il a en outre abordé la question agricole. "La PAC doit aider les agriculteurs à développer une agriculture responsable". Le président veut ouvrir "de manière décomplexée et inédite" le débat sur la politique agricole commune afin d'assurer la sécurité alimentaire de l'Europe et en mettant en place une force commune de contrôle qui assure la sécurité alimentaire. 

Un volet culturel et éducatif

Emmanuel Macron, qui a cité pêle-mêle Emmanuel Mounier, Robert Musil, Marcel Proust, s'est également préoccupé de la culture européenne. Dans un volet très concret, il a lancé qu'il souhaitait que les droits d'auteur soient défendus. "Il faut une juste rémunération de toutes les formes de créations".

Rendant hommage aux universités pionnières de Bologne, la Sorbonne et Oxford ou encore Salamanque, il s'est au penché sur le volet éducatif de la chose: "Chaque étudiant devra maîtriser au moins deux langues européennes d'ici 2024". Il envisage aussi de pousser "étudiants et apprentis" à avoir passé "au moins six mois dans un pays européen avant d'avoir atteint 25 ans". 

Robin Verner avec AFP