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Interview exclusive de Hollande et Peres sur BFMTV

François Hollande et Shimon Peres, interviewés par Ruth Elkrief sur BFMTV

François Hollande et Shimon Peres, interviewés par Ruth Elkrief sur BFMTV - -

Interview croisée et exclusive de François Hollande et de Shimon Peres sur BFMTV, lundi à 19 heures, à l'occasion de la visite officielle du Président français en Israël. A suivre sur BFMTV et BFMTV.com

C'est une première dans les relations franco-israéliennes, les deux présidents Shimon Peres et François Hollande sont côte à côte. Tous deux, interviewés par Ruth Elkrief sur BFMTV, vont réaffirmer la qualité des relations franco-israéliennes.

Deux sujets notamment les rapprochent: la position française sur le nucléaire iranien et la lutte contre le terrorisme, jugée très courageuse par Jérusalem. Ruth Elkrief interroge les deux chefs d'Etat sur ces thèmes, mais aussi sur les négociations israélo-palestiniennes et sur la lutte contre l'antisémitisme et le racisme.

> Relations entre la France et Israël

Shimon Peres: Ce n’est pas une lune de miel, ou alors c’est une lune de miel extrêmement longue, puisque le souvenir en remonte à plus de 60 ans. Ce goût de miel reste toujours aussi sucré et aussi frais.

Nous sommes tous amoureux de la France, du fait de la hauteur de ses valeurs, de la profondeur de son Histoire, de la fermeté de sa politique et de sa longueur de vue et de planification.

François Hollande: Le président Peres était aux côtés du général de Gaule avec Ben Gourion, au début de la cinquième République et lorsque l’Etat d’Israël vivait ses premières années d’indépendance. Il rappelle que c’est avec François Mitterrand qu’il avait évoqué les accords d’Oslo qui ont mené au prix Nobel de la paix. La France a toujours été une amie d’Israël. Elle a toujours dit aussi à son amie, ce que doit être l’aboutissement, c’est à dire la paix.

> L'accueil chaleureux en Israël vs la défiance en France

François Hollande: la France c'est plus qu'un pays, c'est une idée. C'est aussi une contribution à la paix. Elle est capable d'être l'amie d'Israël et d'aller en territoire palestinien et d'être attendue pour le soutien que mon pays peut porter au processus de négociation qui est en cours. Et les Français doivent en être fiers. Non pas pour les moments que nous traversons, mais pour ce que la France continue à jouer comme rôle dans le monde.

> L'antisémitisme et le racisme en France

Shimon Peres: les attentats de Toulouse étaient précisément l'expression d'un antisémitisme que nous devons combattre. Le Président Hollande a fait ce mois-ci un discours extrêmement fort contre le racisme. Il a également adopté une postition très ferme concernant l'Iran, concernant le terrorisme. Il ne s'agit pas au cours de cette visite d'échanger des politesses.

François Hollande: Ceux qui se laissent aller à des écarts de langages, ceux qui cherchent un adversaire pour le stigmatiser, ceux qui se méfient de la couleur de la peau, ou de l'origine de leur propre voisin, il y a toujours des responsables. Nous devons pourchasser, lutter, éradiquer le racisme et l'antisémitisme. Ne rien laisser passer. (...) Je ne laisserai jamais en paix ceux qui se mettent du côté de l'antisémitisme et du racisme. Il faut aussi regarder notre histoire, parce qu'elle a charrié cet antisémitisme. Nous ne devons pas le laisser ressortir.

> L'Iran et le nucléaire

François Hollande: La communauté internationale ne veut pas de prolifération. Nous sommes le pays qui a été capable de convaincre tous les partenaires d'avoir cette nécessité de mettre l'Iran devant sa responsabilité. Il n'est pas question que l'Iran puisse accéder à l'arme nucléraire. ce serait une menace directe pour la sécurité pas seulement de la région, mais aussi du monde entier.

Shimon Peres: Nous devons nous demander pourquoi l'Iran souhaite un armement nucléaire. L'Iran n'est pas menacé dans sa sécurité, dispose d'assez de pétrole pour couvrir ses moyens énergétiques et reste un pays pauvre. Pourquoi veulent-ils investir tant d'argent dans un armement nucléaire? Le nouveau président est poli et urbain mais sa position reste très ferme. Il aurait pu dire qu'il souhaitait la paix, et coexister avec Israël. (...) Pour un juif, après la Shoah, entendre un président qui nie l'holocauste, qui appelle à la destruction d'Israël, c'est effrayant.

Outre les efforts nucléaires de l'Iran, nous savons que le pays soutient un grand nombre de groupes terroristes dans le monde.

Etant donné les sanctions économiques et la pression politique, il existe encore la possibilité que l'Iran s'épargne des complications inutiles. L'Iran doit renoncer à ses ambitions hégémoniques sur le Moyen Orient. Nous souhaitons la paix avec les Palestiniens et les Iraniens. Nous soutenons les efforts de la communauté internationale pour infléchir la politique iranienne. Nous espérons que cela puisse se faire sans intervention militaire. Mais il arrive un moment où il faut être ferme.

François Hollande: Nous avons fixé des exigences, empêchant l'accès au militaire nucléaire de l'Iran. Les sanctions font leur effet, l'Iran réfléchit. Alors il y aura un accord, qui sera bon pour l'ensemble de la région, pour Israël, pour l'Iran et pour le monde entier.

> Les relations israélo-palestiniennes

François Hollande: pour qu'il y ait la paix, il faut qu'il y ait des pays, la France en est un, qui puisse dire aux Israéliens, ce qui doit être fait comme geste et ce qui doit être accompli par les Palestiniens. POur qu'il puisse y avoir enfin non pas pour qu'il y ait un accord de plus, mais un accord définitif qui épuise toutes les revendications et qui permette aux deux peuples de vivre dans deux Etats, avec la sécurité pour chacun.

Shimon Peres: chacun sait que nous devons parvenir à un accord et une solution partagée. Voilà un processus, commencé Oslo, qui doit aboutir à une solution à deux Etats, ce qui implique que chacun devra renoncer à des territoires. Je suis d'accord avec le Président Hollande lorsqu'il dit que nous devons franchir cette étape en une seule fois et non pas en deux fois. La position israélienne consiste aujourd'hui à dire que ces négociations doivent mettre un terme final à l'ensemble des revendications. (...) Nous ne pouvons pas permettre que les souffrances continuent.

> Les Etats-Unis, les colonies

François Hollande: Barack Obama a tenu les paroles qui convenaient pour appeler à la négociation, pour en finir avec la colonisation. Les Etats-Unis ont joué parfaitement leur rôle. Mais n'attendons pas trop des Etats-Unis. Il faut que les grands pays puissent se déterminer souverainement et librement. Ca vaut aussi pour Israël, qui a à faire ses choix, en tenant compte de la position de ses amis, mais aussi en fonction de ses propres intérêts, et aussi de sa propre responsabilité.

Shimon Peres: nous savons comment gérer le problème des colonies. Nous savons quels principes doivent être appliqués: les colons se verront offrir le choix soit de rentrer chez eux, soit de rejoindre l'un des trois blocs sous responsabilité israélienne où ils pourront demeurer. Nous somme en faveur d'un Etat palestinien. Je connais bien Mahmoud Abbas, j'ai négocié avec lui pendant longtemps, et je crois que nous pourrons parvenir à un accord, ça ne fait pas de moi un optimiste mais un réaliste.

> Hollande et son manque d'autorité

François Hollande: Qu’est-ce que j’ai fait depuis des mois en France si ce n’est prendre des décisions ? Réduire les déficits, soutenir la compétitivité des entreprises, le mariage pour tous "je l’ai fait. C’est toujours plus facile de laisser filer les déficits ; c’est ce qu’ont fait mes prédécesseurs. Moi, je ne l’ai pas admis.

Ce n’est pas facile, vous savez de quelle famille politique je viens, de dire il faut soutenir les entreprises.

Chaque fois que j’ai à prendre une décision qui me parait nécessaire pour mon pays – je ne dis pas qu’elle plait, je ne dis pas qu’elle convainc – je la prends.

M. R.