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Baisse historique du chômage: à qui profitent les bons chiffres?

C'est une bonne nouvelle pour François Hollande, qui pourrait voir son bilan s'embellir. Et pour Manuel Valls, candidat de la primaire à gauche, qui pourrait faire de la baisse du chômage un argument de campagne. Une erreur, selon un politologue interrogé par BFMTV.com.

Ce sont des chiffres qui tombent à point nommé. À un mois de la primaire à gauche, le ministère du Travail a annoncé lundi une nouvelle baisse du chômage. C'est même une première depuis 2008: le nombre de demandeurs d'emploi a diminué pour le troisième mois consécutif. Une annonce qui pourrait rebattre les cartes à gauche alors que le premier tour de la consultation se tiendra le 22 janvier prochain.

La diminution de 3,7% du nombre de demandeurs d'emploi depuis le début de l'année est une bonne nouvelle pour Manuel Valls. L'ancien Premier ministre, candidat à la primaire de la gauche, a été l'un des premiers à saluer ces chiffres et s'en est immédiatement attribué la paternité.

"Le chômage baisse durablement dans notre pays. Continuons!" s'est-il enthousiasmé sur Twitter.

Manuel Valls "héritier du bilan du quinquennat"

Cette inversion de la courbe du chômage "ne pourra bénéficier qu'à un seul candidat de la primaire à gauche (...) Manuel Valls. Même si cet argument seul ne suffira pas à le faire gagner", estime La Nouvelle République du Centre-Ouest.

Alors qu'il se présente comme le candidat "naturel" face à ses six rivaux, l'ancien chef du gouvernement est tout de même loin d'être le favori et reste devancé dans les sondages pour le premier tour de la présidentielle par son ancien ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. Si Manuel Valls souhaite tirer profit de cette baisse, il va devoir emprunter un chemin étroit, analyse Emmanuel Lechypre, éditorialiste à BFMTV.

"Il est comptable, c'est lui l'héritier du bilan du quinquennat. Et si vous regardez la situation sur le marché du travail, on a un million de chômeurs en plus en catégorie A depuis 2012. Mais en revanche, ce que peut dire Manuel Valls, c'est qu'il y a deux parties dans le quinquennat de Hollande: 'la partie Jean-Marc Ayrault, qui a passé son temps à défaire ce qu'a fait Sarkozy, et ma partie, durant laquelle j'ai passé mon temps à défaire ce qu'a fait Jean-Marc Ayrault'. Le pacte de responsabilité, le crédit d'impôt compétitivité, les politiques de baisses de charges et d'aides aux entreprises datent de 2013-2014, Manuel Valls peut les mettre à son actif."

"La baisse du chômage, une victoire à la Pyrrhus"

Tout comme Manuel Valls, Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle, pourrait lui aussi s'attribuer la paternité de ces bons chiffres. Mais selon le politologue Thomas Guénolé, maître de conférences à Sciences-po, ce serait une erreur. Car selon lui, "ce qui est présenté comme une baisse du chômage, c'est une victoire à la Pyrrhus".

"Ils risquent une volée de bois vert en menant une opération 'ça va mieux', analyse le politologue pour BFMTV.com. C'est une mauvaise analyse de la situation économique et sociale. Le sujet fondamental, c'est le précariat, qui concerne un Français sur deux. Car si le chômage baisse, le nombre de travailleurs précaires, lui, explose. C'est un sujet en réalité bien plus important et complètement oblitéré par ces deux candidats."

"C'est la satisfaction du travail engagé"

S'il n'est pas certain que la baisse du chômage impacte les candidats à gauche, elle pourrait tout de même assurer à François Hollande un départ de l'Élysée moins sombre. Le chômage était le cheval de bataille du président. À son arrivée au pouvoir en 2012, il avait promis d'en inverser la courbe, condition sine qua non pour une nouvelle candidature. Mais le locataire de l'Élysée a reconnu début décembre, lorsqu'il a annoncé qu'il renonçait à briguer un second mandat, que le chômage restait "à un niveau très élevé" malgré la baisse "enfin" engagée "depuis le début de l'année".

"Les résultats arrivent plus tard que je ne les avais annoncés, j'en conviens, mais ils sont là", déclarait-il alors.

Lundi, le chef de l'État a salué une "baisse de plus de 100.000" du nombre de demandeurs d'emploi depuis janvier 2016, y voyant "une satisfaction" même si "rien n'est joué". Interrogé sur le fait de savoir s'il nourrissait des regrets d'avoir renoncé à se relancer dans la course à l'Élysée, François Hollande a assuré que non: "Non, ça n'a rien à voir. C'est la satisfaction du travail engagé. Pas accompli mais engagé." "C'est une satisfaction quand même", a-t-il lancé à la presse en souriant avant de lâcher: "Mais on verra au mois de mai, on n'a pas encore dit notre dernier mot".

François Hollande "victorieux de son improbable défi"

Pourtant, selon Le Point, François Hollande aurait confié à des proches qu'il regrettait d'avoir renoncé à se représenter. Il aurait également assuré que son renoncement n'était en rien synonyme de la fin de sa carrière politique. "Vous aurez remarqué que je n'ai pas annoncé mon retrait de la vie politique", aurait-il avoué.

Toujours est-il que ces bons chiffres du chômage pourraient embellir le bilan de François Hollande, jusque-là en demi-teinte. Ce que soulignent plusieurs éditorialistes ce mardi. Pour Sud-Ouest, "François Hollande pourra peut-être savourer un triomphe aussi tardif qu'amer avant la fin de son quinquennat." La Dépêche du Midi considère quant à elle que "voilà maintenant un président qui n'est candidat à rien, mais qui au final pourrait bien sortir victorieux de son improbable défi".

"Il a tenu son pari, il a un peu réussi", a remarqué sur BFMTV Pascal de Lima, fondateur d'Economic Cell et enseignant à Sciences-po, qui estime que six mois supplémentaires auraient permis à François Hollande de retenter sa chance.

Céline Hussonnois-Alaya