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Présidentielle: pourquoi Marine Le Pen a choisi Hénin-Beaumont pour "La France dans les yeux"

Marine Le Pen à Dunkerque le 12 mars 2022

Marine Le Pen à Dunkerque le 12 mars 2022 - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

La candidate du Rassemblement national a choisi le Pas-de-Calais pour être interrogée dans La France dans les yeux, ce mardi soir sur BFMTV. Un département qui lui permet de s'adresser à un électorat populaire en déclinant ses propositions sur le pouvoir d'achat, tout en se différenciant d'Éric Zemmour.

Marine Le Pen a beau vivre à La Celle Saint-Cloud, dans les Yvelines, et revendiquer un ancrage familial dans le Morbihan, c'est le Pas-de-Calais et Hénin-Beaumont qui recueillent ce mardi soir toutes ses attentions pour La France dans les yeux, à 20h50 sur BFMTV.

Après Armentières et Dunkerque mi-mars, la candidate du Rassemblement national pose ses valises dans la ville dont elle est élue et qui lui a permis d'être députée pour la première fois en 2017, après deux premières tentatives ratées.

Hénin-Beaumont, une piste d'atterrissage

Alors que Marine Le Pen cherchait un ancrage local en 2006 pour se faire élire, c'est un intime, Steeve Briois, fin connaisseur du département, qui lui a conseillé de s'y implanter. Accusée de parachutage par certains, l'élue a toujours assumé ce choix géographique.

"Cette terre est symbolique des problèmes majeurs de la France: chômage, délocalisation, insécurité", expliquait-elle lors d'un meeting en 2007.

Et pour cause. Haut lieu de la houille jusqu'à la fin des années 1980, la commune et plus largement le Pas-de-Calais ont profondément souffert de la désindustrialisation et enregistrent les taux de chômage les plus élevés de l'Hexagone.

Le calcul va se révéler payant. Trois ans avant la victoire de la représentante du RN aux législatives, Steeve Briois y a fait carton plein. Après des années de combat électoral dans la ville d'Hénin-Beaumont, il est parvenu à gagner la mairie en 2014, mettant fin à des décennies de socialisme. Il a été aidé, notamment, par la condamnation à de la prison ferme de l'ancien maire, Gérard Dalongeville, pour détournement de fonds publics.

Des habitants proches de sa sociologie électorale

L'édile est même réélu triomphalement aux dernières municipales de 2020 en récoltant plus de 70% des voix dès le premier tour. Marine Le Pen ne s'y trompe pas et apprécie de labourer régulièrement le terrain.

C'est que la sociologie du Pas-de-Calais colle à celle de ses électeurs. Si Dunkerque, la sous-préfecture du département, compte ainsi parmi les villes les plus pauvres de France d'après ATD-Quart Monde, ce sont dans le même temps les électeurs aux revenus les plus modestes qui votent pour le Rassemblement national.

Autant dire que Marine Le Pen qui n'a de cesse de se présenter comme "la candidate du pouvoir d'achat" depuis le début de la campagne sait qu'elle trouvera de l'écho dans ces territoires. La candidate s'est fendue d'un long déplacement dans le Nord et le Pas-de-Calais les 11 et 12 mars derniers pour décliner son programme, entre baisse du prix de l'essence et hausse du SMIC.

Se différencier d'Éric Zemmour

En l'espace de deux jours, elle a enchaîné les interviews dans les médias locaux, suivies de visites sur les marchés d'Armentières et de Dunkerque, entrecoupées d'un meeting à Bouchain. Tout cela sous le regard des caméras alors que l'élue avait commencé sa campagne en promettant de peu s'appuyer sur les médias.

Cette mise en scène ne doit bien sûr rien au hasard et vise à garder Éric Zemmour à bonne distance dans les sondages. Le candidat a d'ailleurs choisi une toute autre stratégie géographique en concentrant principalement ses forces sur le sud de la France.

Il faut dire que ses déplacements dans la région de Xavier Bertrand ont été plutôt mouvementés, entre manifestation d'opposants lors de son meeting à Lille le 5 février et son déplacement à Calais le 19 janvier, écourté par des militants anti-fascistes. Très loin donc des images de Marine Le Pen tout sourire en train de serrer les mains des commerçants sur les marchés du Nord.

Parler d'immigration

Si la candidate mise beaucoup sur le pouvoir d'achat dans cette campagne, elle n'oublie pas ses fondamentaux sur l'immigration, un sujet à fort écho dans le Pas-de-Calais, alors que des dizaines de migrants tentent chaque jour de quitter Calais pour rejoindre les côtes anglaises.

"Ma première décision sera de maîtriser l’immigration par la reprise en main de nos frontières, de notre politique de visas", estimait d'ailleurs en février 2021 Marine Le Pen sur BFMTV.

Le gouvernement a beau avoir multiplié les initiatives après plusieurs naufrages de bateaux dans la Manche à l'automne dernier, le sujet lui permet d'attaquer le bilan d'Emmanuel Macron.

"Il faut réguler drastiquement l'immigration clandestine pour non pas les laisser s'agglomérer dans des jungles mais pour les empêcher de rentrer sur le territoire. Je suis désolée mais ce n'est pas ce que nous faisons", a jugé la députée fin février sur RTL.

La manœuvre se veut habile. Alors que le bilan régalien d'Emmanuel Macron est jugé comme l'un de ses points faibles, 71% des Français estiment que "l'immigration est un sujet qui les inquiète" d'après un sondage Ipsos pour France-Télévisions.

Marine Le Pen récolte 18% des intentions de vote, en hausse de 3 points en une semaine d'après l'étude d'opinion Elabe pour BFMTV et L'Express. Le président-candidat fait, lui, toujours la course en tête avec 31%.

Marie-Pierre Bourgeois