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Pourquoi François Fillon mise tout sur son virage à droite

François Fillon à Nice, lundi

François Fillon à Nice, lundi - VALERY HACHE - AFP

Le candidat Les Républicains se concentre sur les fondamentaux de son électorat. Objectif: convaincre les indécis tentés par Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan.

C’est une dernière ligne droite… bien à droite. Pour ses derniers jours de campagne, François Fillon a décidé de s’adresser au cœur de l’électorat conservateur. Appliquant à la lettre l’adage selon lequel "au premier tour, on rassemble son camp, au second, on élargit". Le choix de ses déplacements de terrain et de ses thèmes de campagne témoignent de ce durcissement.

François Fillon est à Lille ce mardi, ville natale du général de Gaulle, figure tutélaire de la droite. Il est ensuite attendu à Calais. Dans la ville où affluent les migrants désireux de passer en Angleterre, le candidat Les Républicains ne manquera sans doute pas de rappeler sa promesse d’imposer des quotas annuels d’immigration en France.

"Macron, le porte-parole du communautarisme"

Lors de son meeting de Nice, la veille, l’ancien Premier ministre a prononcé un discours très musclé sur l’identité et la sécurité. "Dans la France d’aujourd’hui, les sanctions ne valent plus rien et l’autorité est une valeur dépassée", a-t-il tonné dans ce Sud-Est qui penche fortement vers le FN. Et de promettre aux femmes françaises de les protéger contre "l’islamisme radical" dont la gauche aurait favorisé l’expansion par ses renoncements.

François Baroin n’a pas dit autre chose ce mardi sur l’antenne de BFMTV. "Macron, c’est le porte-parole du communautarisme. Le communautarisme, c’est l’ennemi de la République", a dénoncé ce mardi le sénateur-maire LR de Troyes, pourtant héritier d’un chiraquisme tempéré, en ciblant le candidat d’En Marche! à la présidentielle.

Contre "la police de la pensée"

François Fillon avait déjà consacré tout le week-end pascal à faire l’éloge du patriotisme et de l’héritage spirituel français. "La France doit retrouver la fierté de son histoire et de ses racines", a-t-il proclamé samedi à quelques pas de la cathédrale du Puy-en-Velay, haut lieu du catholicisme hexagonal.

Nul doute également que l’électorat catholique aura été sensible à la position de François Fillon sur Sens Commun. Invité du Forum Radio J dimanche de Pâques, il n’a pas exclu d’intégrer des membres de l’organisation proche de la "Manif pour tous" à son gouvernement s’il était élu. Pas question de céder à la "police de la pensée" sur ce sujet, a-t-il encore souligné ce mardi sur Europe 1.

Un déplacement avec Juppé

François Fillon n’oublie certes pas d’envoyer quelques signaux à l’électorat modéré. Ainsi s’affichera-t-il demain aux côtés d’Alain Juppé, à l’occasion d’une visite de terrain à l’école 42 de Xavier Niel. Mais en comparaison, ces messages paraissent bien discrets.

Au sein de son équipe, on réfute pourtant toute "radicalisation". "Il n’y a pas de durcissement, il y a une intensification de la mobilisation des militants, c’est le cas dans toutes les fins de campagne", a relativisé François Baroin sur BFMTV pour justifier l’ambiance parfois tendue dans les meetings du candidat de la droite.

"Il est en train de refaire son retard"

Cette stratégie du coup de barre à droite peut-elle être payante ? Editorialiste politique de BFMTV, Bruno Jeudy en est convaincu. Il explique:

"François Fillon voit que ses réserves de voix, il doit les chercher dans le cœur de la droite, dont il n’a pas encore fait le plein. Alors que Marine Le Pen dévisse un peu et que 20% des électeurs sarkozystes sont réfugiés dans l’abstention, c’est la meilleure stratégie qu’il a à sa disposition".

Les courbes des sondages aurait plutôt tendance lui donner raison. "Il est en train de refaire son retard, petit à petit", note Bruno Jeudy.

En grappillant des points à Nicolas Dupont-Aignan, par exemple? "C’est là où il y a le plus de porosité. Même si en volume, c’est moins important que de récupérer des électeurs de Macron ou de Le Pen, c’est plus facile à gagner pour Fillon", relève Bernard Sananes, président de l’institut de sondage Elabe, dans L’Opinion de ce mardi.

Le quotidien remarque qu’après avoir tutoyé les 5% d’intentions de vote une partie du mois de mars, selon le sondage quotidien Ifop, le candidat de Debout la France ! est depuis retombé aux alentours de 4%. Dans le même temps, François Fillon repartait à la hausse.

Ghislain de Violet