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Macron et les ouvriers: des relations compliquées

Emmanuel Macron à Amiens, mercredi 26 avril.

Emmanuel Macron à Amiens, mercredi 26 avril. - ERIC FEFERBERG - POOL - AFP

Emmanuel Macron a été bousculé ce mercredi à Amiens par des salariés de l’usine Whirlpool, vouée à une prochaine délocalisation en Pologne. Une nouvelle illustration des rapports souvent tendus entre les ouvriers et le candidat d’En Marche!.

> Le tourbillon de Whirlpool

La visite d’Emmanuel Macron ce mercredi à Amiens a placé le candidat d'En Marche! dans une situation délicate. Venu à la rencontre des ouvriers de l’usine Whirlpool, le favori de la présidentielle se heurte aussitôt à une très forte hostilité des salariés menacés de perdre leur emploi. Le candidat d’En Marche! peine à établir le dialogue, entre les sifflets, les "Marine présidente!" et les remarques acerbes, comme "les ouvriers sont des illettrés!".

Une allusion à la polémique provoquée par Emmanuel Macron juste après sa nomination au gouvernement en 2014. Celui-ci avait souligné les difficultés sociales des ouvrières de l’abattoir breton Gad, "dont beaucoup sont illettrées", avait-il affirmé. Face au tollé, il était ensuite revenu sur ses propos.

Précédé par Marine Le Pen sur le site de l'usine Whirlpool ce mercredi à Amiens, Emmanuel Macron a tenté de raisonner ses détracteurs. "La réponse n’est pas de supprimer la mondialisation", a-t-il plaidé, en référence au programme de la candidate frontiste. S’il s’est refusé à promettre de sauver les emplois menacés, Emmanuel Macron s'engage à tout faire pour trouver un repreneur.

> Un bleu de travail en guise de cadeau

En juin 2016, Emmanuel Macron se retrouve malgré lui dans une nouvelle situation embarrassante. Lors d’un discours devant le Forum mondial des matériaux, à Nancy, un manifestant surgit du public et apostrophe celui qui est encore ministre de l’Economie. Des vêtements à la main, il crie en direction d’Emmanuel Macron:

"Ce n’est pas en mettant un costard qu’on travaille. C’est en mettant un bleu de travail, je vous l’offre!".

"Vous êtes un banquier! Vous représentez une minorité de casseurs du droit du travail", a encore le temps de hurler le manifestant, avant d’être évacué par le service de sécurité.

> Les œufs des anti-loi Travail

En plein contexte de tension autour de la loi Travail, en juin 2016, Emmanuel Macron doit faire face à l’hostilité des opposants au texte lors d’un déplacement à la Poste de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Venu inaugurer un timbre célébrant les 80 ans du Front Populaire, le président d’En Marche! est accueilli par des membres de la CGT et du PCF à coup de jets d’œufs.

"Je ne parle pas d’un texte de loi avec des œufs et des coups de bâton", répliquera Emmanuel Macron à l’adresse de ceux qu’il désigne comme des "agitateurs professionnels".

Et d’ajouter, avec une touche de dérision, qu’il préférait lui-même se faire des shampoings aux œufs.

> Le "costard" de la polémique

C’est un épisode qu’il traînera longtemps comme un boulet. Lors d’un déplacement fin mai 2016 à Lunel, dans l’Hérault, Emmanuel Macron est violemment pris à partie par deux grévistes au sujet de la loi Travail et de l’usage du 49.3 par l’exécutif pour imposer le texte. Agacé par la remarque d’un de ses interlocuteurs sur les "costards" qu’il achèterait avec son "pognon", le patron de Bercy réplique:

"Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt (…). La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler".

Des propos que les opposants au ministre ne se priveront pas d’exploiter pour instruire son procès en "mépris de classe".

Emmanuel Macron se justifiera après coup auprès de l’AFP:

"Moi je considère que le vrai respect pour les salariés est d’aller au contact de leurs représentants, ce que je fais à chaque fois (…). Comptez le nombre de responsables politiques qui font encore ce geste".

> Cerné par les syndicalistes

En déplacement pour une visite de l’usine de matériel aéronautique Rexiaa à Issoire, dans le Puy-de-Dôme, en avril 2016, Emmanuel Macron subit un torrent de reproches et de réflexions peu amènes sitôt descendu de voiture.

"Pourquoi vous ne pensez pas au peuple?", "vous venez nous enfler avec le sourire", "vous ne savez pas ce que c’est que de se lever à 5h du matin pour gagner un Smic", lui jettent à la figure des syndicalistes de la CGT et de Force ouvrière opposés à loi Travail.

Face à ce comité d’accueil courroucé, le ministre tente de raisonner ses interlocuteurs. "On ne protège personne si on promet des choses qui ne sont pas tenables", répond-il, tout en affirmant une position ferme: "Ce n’est pas parce qu’il y a des gens dans la rue que nous allons céder".

G. de V.