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Chez Les Républicains, la déprime Fillon

François Fillon, le 1er mars à Paris.

François Fillon, le 1er mars à Paris. - Christophe Archambault - AFP

Même les soutiens fidèles de François Fillon semblent gagnés par le doute, alors que le candidat de la droite souffre dans les sondages.

"On n’imagine pas un suicide collectif mieux organisé". Dans les colonnes de L’Opinion de ce jeudi, Gérard Longuet résume le fatalisme ambiant dans le camp Fillon. Le fait que ce fidèle filloniste exprime haut et fort son accablement en dit long sur le tournant qu’a pris la campagne de l’ancien Premier ministre depuis le 12 mars. Ce jour-là, le JDD révèle que François Fillon s’est fait offrir plusieurs costumes de luxe par un mystérieux ami, qui se révèlera finalement être Robert Bourgi, figure controversée de la "Françafrique".

L’impact se révèle dévastateur. Déjà plombée par le "Penelopegate", les soupçons d’emplois fictifs au bénéfice de son épouse, l’image du champion de la droite se dégrade encore un peu plus. Ce responsable de la campagne Fillon dans l'Ouest s’en arrache les cheveux auprès de L’Opinion :

"Alors que ça allait mieux sur le terrain, (l'affaire des costumes) a tout fait retomber. Sur les marchés, les militants qui tractent n'entendent plus que « les costumes, les costumes ! »".

Un autre élu LR cité par le quotidien sous le couvert de l’anonymat raconte une anecdote terrible :

"Les maires s’approchent de moi avec un sourire et touchent la manche de ma veste, ils ne disent rien mais ça suffit".

Fillon se dit victime d'une "machination"

Marine Le Pen a dès lors beau jeu de dépeindre François Fillon en "homme qui aime l’argent", lui qui avait bâti sa popularité sur une réputation de probité et de rigueur. Et le Parti socialiste d’appeler à son retrait, dès lors que Bruno Le Roux, pris dans une affaire similaire, a démissionné de son poste de ministre de l’Intérieur en seulement quelques heures.

Hors de question pour le Sarthois, qui campe sur sa ligne de défense. Tout cela ne serait qu'une "machination" fomentée par ses adversaires politiques et l'exécutif, comme il s'en est indigné sur France Info mercredi :

"Chaque semaine, il y a des fuites contre le secret de l'instruction organisées par les services de l'Etat. Et comme par hasard, le PS, M. Macron, M. Hollande se jettent sur ces pseudos révélations pour exiger qu'il n'y ait pas de candidats à droite".

Le QG de campagne, un "bateau fantôme"

Dans les sondages, François Fillon poursuit une lente glissade. Au début du mois de mars, l’enquête quotidienne de l’Ifop situe l’ancien chef du gouvernement à 21% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Le 22 mars, il est à 18%. Même score au dernier pointage d’Harris Interactive ce jeudi.

Si les sondeurs évoquent tous un "noyau dur" d’électeurs de droite prêts à fermer les yeux sur les turpitudes de leur candidat pour provoquer l’alternance, au sein du parti Les Républicains, la perspective déprimante d’une élimination dès le premier tour semble avoir gagné les esprits. Leur prétendant à l’Elysée est devancé par le duo Macro-Le Pen et pour couronner le tout, Nicolas Dupont-Aignan semble en mesure de lui grappiller quelques points.

Le QG de campagne de Fillon, dans le XVe arrondissement de Paris, ressemble à un "bateau fantôme", selon un soutien du candidat cité par Les Echos. Un député LR qui s’est confié à Marianne anticipe déjà un 21 avril à l’envers, redite du scrutin de 2002 mais avec la droite dans le rôle du parti éliminé : "Si on perd la présidentielle après ce naufrage moral, on aura la défaite, le déshonneur, puis l’hallali… ".

"Je ne crois pas au rebond"

Le grand débat du lundi 20 mars en présence des cinq candidats les mieux placés n’aura été qu’une courte respiration pour les sujets "de fond". La discrétion de Fillon pendant la première partie du débat et son coaching en temps réel par SMS n’auront pas échappé aux observateurs, malgré une prestation globalement honorable de l’ex-Premier ministre.

Et sitôt les micros éteints, le feuilleton judiciaire et médiatique reprend de plus belle : le couple Fillon est désormais soupçonné d’avoir forgé de faux documents pour tromper la justice. Et le député de Paris est accusé de mélange des genres dans ses activités de conseil au bénéfice d’un milliardaire libanais.

Une source au sein des Républicains livre une prévision plus que pessimiste :

"Si cela ne frémit pas dans les sondages d’ici dix jours, c’est mort. Mais je ne crois pas au rebond".

Ghislain de Violet