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Élections municipales: comment se déroulent les fusions de listes

Un bureau de vote à Saint-Pierre-et-Miquelon e n 2017. (Photo d'illustration)

Un bureau de vote à Saint-Pierre-et-Miquelon e n 2017. (Photo d'illustration) - Chantal Briand / AFP

Pour se maintenir dans la course du second tour, les listes doivent dépasser le seuil fatidique des 10% de suffrages exprimés. Entre 5 et 10%, elles peuvent fusionner avec d'autres qui, elles, se sont maintenues.

C'est l'une des questions stratégiques majeures qui taraudent les candidats à une élection municipale. Celle des alliances d'entre-deux tours, qui peuvent permettre à telle ou telle liste sauver les meubles en s'associant avec une autre qui, elle, jouirait d'une dynamique permettant d'envisager une victoire.

Le sujet a généré d'importantes tensions lors du débat qui opposait, mardi soir sur France Télévisions, les sept principaux candidats aux élections municipales à Paris. Dans un cas de figure comme celui de 2020, où trois impétrantes se détachent clairement du lot, suivies de deux potentiels pivots décisifs (David Belliard et Cédric Villani), la question des fusions de listes est plus prégnante que jamais.

Qu'y a-t-il toutefois derrière cette notion de "fusion"? Il s'agit de l'un des facteurs essentiels d'un scrutin municipal en France, où il est nécessaire de recueillir au-delà des 10% des suffrages exprimés au premier tour pour pouvoir maintenir sa liste. La "maintenir", c'est-à-dire lui permettre de concourir au second tour. 

Amplifier une dynamique

Pour une liste qui n'aura obtenu, mettons, que 11% des voix le 15 mars, l'intérêt du maintien est quasi inexistant pour elle. La victoire lui est impossible. Dans le scénario d'une triangulaire ou d'une quadrangulaire - plus de deux listes au-dessus de 10% et donc aptes à se présenter aux second tour -, l'idée pour les listes en queue de peloton est plutôt de déstabiliser les autres, brouiller le résultat final ou, le plus souvent, aboutir à un scénario où la liste sortante serait éliminée faute de réserves de voix.

Plutôt que choisir cette option, une tête de liste peut donc décider de fusionner celle-ci avec une autre pour amplifier sa dynamique. Cela est envisageable à la fois pour les listes ayant recueilli plus de 10% des voix et pour celles situées entre 5 et 10%. Ces dernières sont de fait éliminées du second tour, mais peuvent avoir un impact politique en acceptant de fusionner. À condition de le faire avec une liste ayant, elle, obtenu plus de 10%. Impossible de le faire avec une autre qui est à 5%. 

Avantages comparatifs

Si le processus de fusion s'enclenche, la composition de la nouvelle liste, qui devra être déposée avant mardi 18 heures, est libre. À charge des deux forces politiques concernées de gérer leurs équilibres, en sachant que celle arrivée en tête bénéficie d'un avantage évident pour imposer ses conditions. À savoir, intégrer dans sa liste les candidats qu'elle souhaite, ainsi que des éléments programmatiques compatibles portés par la liste absorbée. 

Parfois, la fusion échoue. Par exemple à Montpellier en 2014, quatre liste ont réussi à se maintenir au second tour, dont deux listes issues de la gauche - une étiquetée socialiste, l'autre "divers gauche". Derrière, une seule liste a obtenu entre 5 et 10%, celle portée par le Front de gauche, ancêtre de La France insoumise. Or celle qui conduisait la liste, Muriel Ressiguier, a estimé qu'aucun des candidats dits de gauche n'avait accepté ses "conditions" pour aboutir à une fusion. Cela n'a toutefois pas empêché le dissident Philippe Saurel d'emporter la mairie avec plus de 37% des voix. 

L'exemple de Bordeaux

À Paris, l'enjeu est complexifié par le fait que le scrutin se joue sur 17 arrondissements. Çà et là, des fusions peuvent avoir lieu selon les sensibilités des candidats en présence et, surtout, en fonction de l'avance de telle ou telle liste. Pour La République en marche, qui s'appuie sur des têtes de liste venues d'horizons variés - des ex-Les Républicains par ci, des transfuges du PS par là -, les négociations risquent d'être ardues. 

Ce n'est d'ailleurs pas qu'à Paris que LaREM fait face à un défi d'ampleur, loin de là. Comme nous le révélions la semaine dernière, le siège du parti macroniste a même rédigé des instructions pour ses candidats qui se sont présentés de manière autonome.

En la matière, Bordeaux est un cas d'école. Quelle décision prendra Thomas Cazenave, marcheur qui a préféré conduire sa propre liste plutôt que de se fondre d'emblée dans celle du maire sortant LR Nicolas Florian, successeur d'Alain Juppé? Sa base militante locale étant plus à gauche que la direction de LaREM peut-être ne le voudrait, le candidat pourrait finalement lorgner une fusion avec la liste écologiste de Pierre Hurmic, créditée de 30% des voix au premier tour par l'institut BVA. Encore faut-il que l'intéressé accepte d'accueillir la macronie dans son giron. La fusion, on l'a vu, doit aller dans les deux sens.

Jules Pecnard