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Législatives, vérifications fiscales... Pourquoi le nouveau gouvernement tarde à être annoncé

Jean Castex et Elisabeth Borne à Matignon le 16 mai 2022

Jean Castex et Elisabeth Borne à Matignon le 16 mai 2022 - CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

La composition de l'exécutif tourne au casse-tête pour Emmanuel Macron, qui doit prendre en compte la nouvelle donne politique et veut contenter sa majorité composite. Mais l'attente a également l'avantage de repousser de quelques jours la campagne des législatives.

Encore un peu de patience. Après avoir mis plus de trois semaines à choisir Élisabeth Borne pour devenir sa Première ministre, Emmanuel Macron doit maintenant finaliser le casting du futur gouvernement. Un exercice qui s'avère être de haute voltige.

Si la composition d'un gouvernement prend généralement entre 24 et 72 heures, comme cela avait été le cas sous Édouard Philippe ou Jean Castex, l'attente est également savamment orchestrée.

Raccourcir la campagne

"Il y a la volonté de réduire au maximum le temps entre la nomination du gouvernement et le premier tour des législatives pour donner le moins d'angles d'attaques possibles aux oppositions", explique ainsi Jean Garrigues, président du comité d'histoire parlementaire, à BFMTV.com.

Cette année, le délai entre la présidentielle et les législatives s'étale sur presque deux mois, une première depuis l'inversion du calendrier électoral en 2002. De quoi démobiliser les potentiels électeurs d'Emmanuel Macron et redonner des forces aux oppositions.

L'absence de nouveaux ministres, même si les affaires courantes continuent d'être expédiées par l'actuel gouvernement, évite également toute sortie malheureuse.

Éviter toute phrase malheureuse

"Ils ont une obsession: ne surtout pas faire comme Jean-Louis Borloo", nous expliquait un ancien Premier ministre début mai. C'est que l'ex-ministre de l'Économie, en 2007, avait commis une bourde politique en expliquant le soir du premier tour des législatives en 2007 envisager la création d'une TVA sociale.

Certains élus avaient estimé après coup que la polémique leur avait coûté la perte de 80 sièges à l'Assemblée nationale.

Autre élément qui explique que la nomination du gouvernement traîne en longueur: la difficulté du casting politique. "Il faut contenter les fidèles, le MoDem, Horizons, Territoires de progrès, En commun, veiller aux équilibres géographiques, faire rentrer de nouveaux visages, assurer la parité... Une vraie gageure", analyse le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier.

De moins en moins de volontaires

Preuve que l'exercice est compliqué: Véronique Bédague, l'ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls, et Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste, auraient toutes deux refusé Matignon.

"C'est une vie de chien d'être ministre. Vous êtes scruté en permanence, rien n'est jamais oublié. Votre famille est exposée. Tout ça pour n'avoir que très peu de pouvoir parce que tout se décide à l'Élysée et que vous êtes tout juste bon à faire des matinales radio... Les gens se bousculent moins au portillon qu'à une époque", juge de son côté un ancien ministre socialiste, devenu sénateur.

La vérification des patrimoines et des situations fiscales des potentiels ministres ralentit également le processus.

Des ministres sans impact

"On voit que quand on va trop vite, on a des ratés comme pour Alain Griset ou Laura Flessel (les deux anciens ministres ont été mis en cause par le fisc, NDLR). Donc autant prendre notre temps", confie d'ailleurs un cadre de la majorité à BFMTV.com.

Certains, encore, ne voient tout simplement pas d'urgence à présenter les nouveaux visages du gouvernement.

"Je crois que les Français ont bien compris que les décisions se prennent à la présidence et peu à Matignon. Depuis une dizaine d'années, les Premiers ministres sont de plus en plus des collaborateurs, avec un impact relativement faible", décrypte de son côté le sondeur Mathieu Gallard.

Le suspense devrait être levé dans les prochains jours.

Marie-Pierre Bourgeois