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Élections européennes: ce que nous dit le fort regain de participation

Selon les estimations de l'institut de sondage Elabe pour BFMTV, le taux de participation aux européennes 2019 devrait s'élever à 52%. Un chiffre en forte hausse par rapport à celui de 2014.

Selon les dernières estimations, il s'agit de la participation la plus importante à des élections européennes en France depuis celles de 1994. D'après l'institut Elabe, à peu près 52% du corps électoral s'est rendu aux urnes ce dimanche 26 mai 2019. Un taux en très forte hausse par rapport aux scrutins de 2014 (42,43%) et de 2009 (40,63%).

Pour ce scrutin, dont les enjeux ont été portés à incandescence par les principales listes candidates, à commencer par La République en marche, ce regain de mobilisation aura plusieurs conséquences. Selon des sources au sein du parti présidentiel, interrogées par BFMTV.com, les bureaux de vote qui ont vu affluer de nombreux électeurs ce dimanche sont ceux des centre-villes. Un phénomène favorable à un mouvement comme LaREM, davantage implanté en zone urbaine. 

Bonnes performances pour LaREM et le RN

Par ailleurs, les régions où le Rassemblement national (RN) est traditionnellement fort, ainsi que les zones rurales, marquées par la mobilisation des gilets jaunes, ont également été les foyers d'un sursaut de participation.

Ces deux facteurs croisés, auxquels s'ajoute un lent réveil de l'électorat parisien, favorisent a priori les deux listes qui font la course en tête depuis le début de la campagne, à savoir LaREM et le RN. Jusqu'au bout, les deux camps ont fait tout leur possible pour mobiliser leur socle et l'élargir. Arrivés en troisième position à la surprise générale, les écologistes ont également su fédérer au-delà de leur camp.

Pour la liste chapeautée par Nathalie Loiseau, en sus de son dernier meeting de la Mutualité, bousculé par l'explosion d'un colis piégé à Lyon, cet ultime coup de pouce a été donné par Emmanuel Macron lui-même. Vendredi, le chef de l'État a accordé un entretien à Hugo Travers, youtubeur spécialisé dans le décryptage de l'actualité politique pour les jeunes.

Du côté du RN, la tête de liste Jordan Bardella et la présidente du parti, Marine Le Pen, ont lancé un dernier appel vendredi aux électeurs des Républicains, de Debout la France et même de La France insoumise. La stratégie semble avoir fonctionné, au vu des scores décevants de François-Xavier Bellamy (8,5%), Nicolas Dupont-Aignan (3,6%) et Manon Aubry (6,2%) selon nos premières estimations.

Leçons politiques indiscutables

Ce regain de participation rendra plus incontestables les leçons politiques qui découleront de ce scrutin - notamment vis-à-vis de la politique gouvernementale et de l'approbation (ou la colère, surtout) qu'elle peut susciter. Mais, aussi, de l'affaiblissement durable qui semble guetter la droite française.

Cette participation de plus d'un électeur sur deux démontre en tout cas qu'il aura été possible, pour tous les partis, de mobiliser les Français pour un scrutin que beaucoup jugent d'ordinaire trop lointain de leurs préoccupations quotidiennes. 

Autre enseignement possible: le retour de la circonscription nationale, aux dépens des super-régions en vigueur aux trois dernières européennes, aura nourri l'intérêt des électeurs.

Comparaison n'est pas raison, mais cette campagne de 2019, que candidats et chefs de parti auront beaucoup personnifiée, aura été l'occasion d'un retour aux logiques qui avaient cours dans les années 1990. Celles qui voyaient s'affronter, aux européennes de 1994 (52,71% de participation), des personnalités fortes comme Bernard Tapie, Jean-Marie Le Pen, Dominique Baudis et Michel Rocard. Des logiques de "l'ancien monde"...

Jules Pecnard