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EDITO: "La question de la démission du Premier ministre pourrait se poser"

Après les violences de ce week-end à Paris en marge de la mobilisation des gilets jaunes, un sondage Harris Interactive pour RTL révèle que 90% des Français estiment que le gouvernement n'a pas été à la hauteur. Des têtes doivent-elles tomber? Nos éditorialistes Christophe Barbier et Laurent Neumann analysent les solutions politiques envisageables.

Emmanuel Macron a demandé dimanche au Premier ministre de recevoir les différents chefs de partis politiques ainsi que les représentants des gilets jaunes après les violences survenues samedi en plein coeur de Paris. Seulement les Français attendent une réponse concrète de l'exécutif à la crise sociale qui se joue depuis plusieurs semaines.

Selon un sondage Harris Interactive pour RTL, 72% de la population déclare soutenir le mouvement des gilets jaunes, et 90% considère que le gouvernement n'a pas été à la hauteur des évènements. Quelles sont les solutions politiques envisageables? Des têtes doivent-elles tomber? Le Premier ministre est-il menacé? Analyse de nos éditorialistes Christophe Barbier et Laurent Neumann.

Notre éditorialiste Christophe Barbier
Notre éditorialiste Christophe Barbier © -

> "Si ça continue, la question de la démission du Premier ministre commencera à être posée"

"Samedi, et dans les trois semaines qui ont précédé, le gouvernement a toujours eu un train de retard dans ses décisions, ses négociations et dans son action sur le terrain. Le filtrage des sacs pour que les gentils gilets jaunes viennent sur les Champs, c'est une méconnaissance du mouvement. Les gilets jaunes n'avaient pas envie d'être gentils, donc ils sont restés de l'autre côté des barrières pour camoufler et même cautionner l'action des casseurs. C'est une mauvaise lecture politique du mouvement qu'a réalisé le gouvernement.

La première solution politique c'est de dialoguer avec tout le monde et d'annoncer des choses concrètes. D'arrêter de dire 'on va débattre pendant trois mois'. Il n'y a pas de dissolution de l'Assemblée nationale possible, ça c'est l'invention de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon pour rafler la mise après les événements 'gilets jaunes'. En revanche si ça continue, s'il y a un quatrième samedi de violences, la question de la démission du Premier ministre commencera à être posée."

Quant aux gilets jaunes, "s'ils obtiennent quelque chose de concret, notamment symbolique, c'est à dire la suppression de la hausse des taxes prévue en janvier sur le carburant, et bien il faudrait annoncer le renoncement à une manifestation à Paris samedi, qu'ils retournent dans les petites villes, les villages, sur les ronds-points, dans la proximité avec les gens comme le 17 novembre, et qu'ils arrêtent de fantasmer sur la prise de la Bastille, même si c'est l'Arc de Triomphe".

Le baromètre des éditorialistes
Le baromètre des éditorialistes © -

> "Le moment est venu d'envoyer des signaux politiques et des symboles forts"

"L'idée sous-jacente de la stratégie du gouvernement et du ministère de l'Intérieur était d'éviter qu'il y ait un mort. Eviter ce qu'il s'est passé sur le barrage de Sivens avec la mort de Rémi Fraisse, ou comme il y a trente ans de ça avec Malik Oussekine. Est-ce-que cette stratégie défensive peut encore tenir? Rien n'est moins sûr.

La situation est arrivée à ce point là parce que pendant trois semaines on a tergiversé, on a cru qu'on pouvait gagner du temps, laisser pourrir ce mouvement. Bref, on a essayé de le traiter au fond comme un mouvement classique, syndical, s'opposant aux réformes des ordonnances travail ou à la réforme de la SNCF. Sauf que ce mouvement là il ne ressemble à aucun autre et les réponses politiques classiques, c'est à dire en gros des réponses comptables ou technocratiques, ça ne suffit pas désormais.

Le moment est venu d'envoyer des signaux politiques et des symboles forts. Et la question qui est désormais posée, au delà de la baisse des taxes, c'est sans doute la question d'une grande négociation salariale."

Manon Fossat