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Dosage et attente: la recette d'un changement de gouvernement

Les portes de Matignon, vendredi 3 juin.

Les portes de Matignon, vendredi 3 juin. - Julia Van Aest

Ce vendredi, l'Elysée a annoncé la démission d'Edouard Philippe et l'arrivée de Jean Castex à Matignon. Changements de gouvernement et remaniements obéissent à un schéma quasi immuable.

"Être ancien ministre, c'est s'asseoir à l'arrière d'une voiture et s'apercevoir qu'elle ne démarre pas". Cette observation avait valu à François Goulard, ministre délégué à l'Enseignement supérieur de Dominique de Villepin, le prix de l'humour politique en 2012, quelques années après ce douloureux apprentissage. La maxime va s'imposer à de nombreux ministres dans les heures qui viennent. Le sort du premier d'entre eux, Edouard Philippe, est déjà réglé: ce vendredi, l'Elysée a annoncé avoir accepté sa démission et la nomination d'un nouveau pensionnaire à Matignon. C'est finalement Jean Castex qui le remplace.

"On regarde le portable désespérément"

Dans les tuyaux depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, le départ d'Edouard Philippe n'a rien pour surprendre le principal intéressé. Un destin plus heureux que celui qu'avait connu Edith Cresson qui avait appris via la presse, en 1992, que François Mitterrand la débarquait. Si la méthode employée pour signaler aux uns et autres leur rôle, ou leur absence de rôle, dans un remaniement ou un changement de gouvernement, ces péripéties politiques obéissent malgré tout à un schéma quasi immuable dans ses grandes lignes. La journaliste Christine Clerc expliquait jeudi BFMTV: "Ça commence toujours de la même façon, on nous dit toujours que c’est une nouvelle phase qui s’ouvre."

Au milieu de ce flottement, la fébrilité gagne les personnalités politiques de la majorité. Le sénateur "Les Républicains", Roger Karoutchi, s'est ainsi souvenu devant nos caméras:

Quand on est en place et qu’on se dit qu’on est en balance – chose qu’on ne vous dit jamais – vous êtes suspendu. On vous dit de continuer à agir jusqu’au bout, mais ça n’a pas de sens. (…) Quand on espère le devenir, on regarde son portable désespérément en se demandant : ‘Pourquoi il ne sonne pas ? Qui ils peuvent appeler d’autre que moi pour leur proposer quelque chose d’intéressant?’"

Dosages

Toutefois, les téléphones mettent toujours un peu de temps à vrombir. Mercredi, notre éditorialiste politique, Bruno Jeudy, détaillait ainsi: " Aujourd’hui, personne ne reçoit de coup de fil. Le président réfléchit, il est seul. Le temps est arrêté. (...) Une fois que le président a fait son choix en ce qui concerne le Premier ministre, c'est au tour des ministres. Et alors, il y a des coups de fils, ça s’accélère. Et il y a depuis quelques années une étape supplémentaire: celle de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique."

La composition du gouvernement n'a rien d'une décision libre et non contrainte, elle est, au contraire, un subtil jeu d'équilibres. Ancien proche de François Mitterrand, le journaliste Georges-Marc Benhamou sortait son nuancier sur BFMTV mercredi soir. "C’est un dosage dans un vivier", expliquait-il, avant d'enchaîner: "Il y a des dosages politiques: pas trop à droite, pas trop à gauche." Si la chose n'était que politique, l'ensemble serait encore trop simple. "C'est aussi un dosage entre hommes et femmes, et en fonction des territoires. Par exemple, il faut toujours quelqu’un du Dauphiné. Il ne faut pas oublier ni le Var, ni les Alpes-Maritimes", a encore ajouté Georges-Marc Benhamou.

En dernière analyse, choisir un nouveau gouvernement, a fortiori deux ans avant la fin du mandat, revient pour le président de la République à trancher une épineuse interrogation: s'agit-il de donner plus de poids politique à l'exécutif, au risque de favoriser les ambitions? Ou s'agit-il de ne pas se faire trop d'ombre? "Le président de la République vit dans une contradiction: car si aucune tête ne dépasse, c’est lui qui porte tout le poids du chômage qui va s’aggraver, de la crise… Mais s’il nomme quelqu’un pour en porter le poids, il sera au second plan", pointait Christine Clerc. Emmanuel Macron a, à l'évidence, opté pour le premier terme de l'alternative. Il ne pouvait pas s'exposer davantage.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV