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DOCUMENTAIRE - Qui a tué François Fillon? L'enquête de BFMTV

D'affaire en affaire, de coup de théâtre en coup de théâtre, les espoirs de la droite et de son candidat à la présidentielle, François Fillon, se sont évaporés pendant la campagne. Un mystère demeure: quelqu'un voulait-il la peau de François Fillon? C'est la question que s'est posée une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir à 22h40 sur notre antenne.

La campagne présidentielle s'est éloignée depuis longtemps et, avec elle, ses illusions perdues, mais François et Penelope Fillon sont toujours mis en examen pour détournement de fonds publics. L'enquête doit être bouclée au cours de cette année 2018.

"Pas de Dark Vador" 

S'ils sont sous le coup de cette procédure judiciaire, c'est en raison d'une affaire qui a éclaté au grand jour il y a un an: les soupçons d'emplois fictifs visant Penelope Fillon, l'épouse de celui qui était le candidat de la droite au scrutin suprême. Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l'ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne. 

A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l'assurent: leur travail ne doit rien à une "taupe" à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C'est naturellement qu'après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. "Pas de Dark Vador, pas de force obscure", sourit aujourd'hui Isabelle Barré.

Des fiches de paie accessibles à 95 personnes 

Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d'une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu'il s'agit là d'un acte de malveillance, peut-être venu de l'intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. "Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue", ajoute l'ancien ministre du Budget.

La piste d'un "cabinet noir" élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l'Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail. 

Qui veut débrancher la candidature de François Fillon? 

S'il est difficile de savoir d'où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c'est François Bayrou qui cherche un "plan B" à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l'équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père.

Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. François Fillon lui-même ne se rend pas service, en affirmant à la télévision qu'il renoncera s'il venait à être mis en examen. Or, quand cette mise en examen lui est notifiée le 28 février par une convocation judiciaire que lui annonce Patrick Stefanini, son directeur de campagne, François Fillon ne renonce pas à faire campagne. Et le meeting du Trocadéro, lors de la matinée pluvieuse du 5 mars à Paris, lui servira de tremplin vers le mur du premier tour du 23 avril. 

Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l'appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu'il pousse François Fillon à l'abandon. "A la faveur de chacun d'entre eux... Tout le monde voulait y aller!" s'amuse l'ancienne Garde des Sceaux. Alain Juppé l'appelle aussi, mais tombe sur le répondeur de l'ancien président de la République, à ce moment-là tranquillement installé au parc des Princes devant un match du Paris-Saint-Germain. Devant le peu de cohésion de son camp, et l'obstination de François Fillon, le maire de Bordeaux jette lui aussi l'éponge.

Le coup de grâce

Ce n'est donc pas de ses confrères politiques, que viendra le coup de grâce. Mais d'un avocat franco-libanais de 72 ans, Robert Bourgi, vexé en particulier par l'ingratitude d'un candidat auquel il avait pourtant offert trois costumes très onéreux de la boutique Arnys. Il jure alors devant son ami Nicolas Sarkozy: "Je vais le niquer, il ne s'en remettra pas".

Le 20 février, Robert Bourgi paie les costume par chèque, laissant ainsi une trace de son nom, puis file ce tuyau à la presse. Lorsque cette ultime affaire sort à la mi-mars, elle finit de consterner les fidèles du camp de François Fillon, qui cessent dès lors d'y croire. Dans son bureau, ce dernier lâche à Jean de Boishue, un ami de quarante ans, qu'il s'est "fait piéger". Peu importe, la coupe est pleine pour l'opinion.

Jean de Boishue est désormais brouillé avec François Fillon. A la question de savoir qui a tué celui-ci, il répond à présent: "C'est François Fillon. Il est mort un peu de son caractère, de faiblesses qu'il n'a pas corrigées. Si je ne lui pardonne pas, c'est parce que je pense que l'intelligence sert à maîtriser ses défauts..." Pour cet ancien proche, plus qu'un travail journalistique, ou un assassinat politique, l'échec de François Fillon est avant tout un suicide déguisé. 

Retrouvez ci-dessous le documentaire en intégralité. Il sera rediffusé sur BFMTV samedi à 13h, 19h et 21h. 

R.V., avec Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel