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"De l'entêtement": la stratégie de l'exécutif contre le Covid-19 sous le feu des critiques

Le président français Emmanuel Macron ajuste son masque lors d'une visioconférence du Conseil de sécurité de l'ONU le 23 février 2021

Le président français Emmanuel Macron ajuste son masque lors d'une visioconférence du Conseil de sécurité de l'ONU le 23 février 2021 - Christophe PETIT TESSON © 2019 AFP

Face à l'aggravation de la situation épidémique, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer des mesures plus strictes.

Il voulait se donner "8 à 10 jours" avant de trancher pour un allégement ou renforcement des mesures: c'est ce calendrier qu'avait défendu Emmanuel Macron vendredi dernier lors d'une discussion en visioconférence avec une quinzaine de parlementaires de la majorité. Moins d'une semaine après, la donne a radicalement changé. Entre temps, deux décisions de confinements locaux le week-end ont été prises dans les Alpes-Maritimes et dans la région de Dunkerque (Nord).

Fin janvier, Jean Castex voulait "se laisser une chance" de ne pas reconfiner. Peu après, Gabriel Attal appelait à une "mobilisation nationale pour éviter un reconfinement", qualifié de "mesure d'ultime recours". "Tout doit être fait pour éviter un reconfinement", avait ensuite déclaré Emmanuel Macron, selon des propos rapportés par Le Canard Enchaîné. Si l'objectif d'éviter un reconfinement national est officiellement inchangé, l'inquiétude a décuplé.

En parallèle, de nombreuses voix au sein de la communauté scientifique plaidaient pour un renforcement des restrictions. Dans une note d'éclairage émise le 29 janvier dernier et rendue publique ce jeudi, le Conseil scientifique défendait un confinement "précoce" de quatre semaines. À l'époque, le président de l'instance, l'immunologue Jean-François Delfraissy, évoquait sur notre antenne une "urgence" et estimait le confinement inéluctable. Quelques jours après, il avait finalement tempéré son propos dans Libération: "On n'est pas à une semaine près."

Chiffres en trompe-l'œil?

Si, selon notre sondage Elabe pour BFMTV dévoilé mercredi, 56% des personnes interrogées pensent que l'exécutif a eu raison de ne pas reconfiner la population, des critiques à l'endroit de sa stratégie commencent à se faire entendre, moins d'un mois après le "pari" pris.

S'il ne parle pas explicitement d'échec, le professeur Rémi Salomon, qui prônait une fermeture des écoles il y a un mois, a estimé sur BFMTV-RMC ce jeudi matin que les mesures prises localement ne suffiraient "probablement pas".

Il y a un mois, "nous étions quelques uns à dire 'attention, c'est vrai nous sommes sur un plateau, il est vrai que le nombre d'hospitalisations a tendance à se stabiliser (...). Nous alertions car nous savions que derrière ces informations rassurantes, il y en avait d'autres qui étaient réellement inquiétantes", a défendu en creux le président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Sur Twitter, le généticien Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, cingle, sans appel: "Prendre une décision réfléchie contre l'avis majoritaire s'appelle de l'audace. S'y tenir lorsque les paramètres indiquent qu'elle n'est pas bonne est de l'entêtement."

"Défier la réalité du virus"

Au sein de la classe politique, des critiques émergent aussi. "On continue de courir après l'épidémie", se désolait ce jeudi le conseiller régional PS d'Île-de-France François Kalfon sur notre antenne.

Sur Twitter, le sénateur écologiste de Paris et médecin Bernard Jomier, estimait qu'Emmanuel Macron avait fait le choix de "défier la réalité du virus contre l'avis des scientifiques" et qu'au cours du mois écoulé, le virus avait "saturé nos hôpitaux". "Le prix va être lourd", s'insurgeait-il mercredi, citant un tweet qu'il avait rédigé le 25 janvier dernier, dans lequel il évoquait de "nouvelles mesures restrictives inévitables".

"On a du mal à comprendre"

S'il dit ne guère souhaiter faire la leçon a posteriori, le porte-parole du Parti socialiste Boris Vallaud pointe lui "un vrai problème de compréhension".

"Quand on regarde les chiffres qui avaient été transmis au comité de liaison parlementaire (du Covid-19) par le Premier ministre il y a maintenant un mois et qui donnaient ce que serait la dynamique de contamination avec le variant, il semble bien que nous soyons sur cette tendance-là aujourd'hui. (...) On a du mal à comprendre à partir de quel moment les chiffres deviennent alarmants", estime auprès de BFMTV.com le député des Landes.

Un nouveau confinement national serait-il d'ores et déjà trop tardif? "Je n'en sais rien", oppose l'élu du Sud-Ouest, évoquant le "pari" du chef de l'État: "J'espère qu'il n'est pas en train de le perdre, personne ne le souhaite, et chacun mesure la difficulté de l'exercice."

Mercredi, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement avait pointé une "situation assez grave et même (...) très préoccupante dans une dizaine de départements". Une conférence de presse de Jean Castex et du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran est attendue ce jeudi à 18 heures. Avec, peut-être, de nouvelles mesures à la clef.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV