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Covid-19: le coup de pression de Macron à Véran et ses ministres contre des restrictions trop dures

Le président français Emmanuel Macron et le ministre de la Santé Olivier Véran (à gauche) le 10 mars 2020

Le président français Emmanuel Macron et le ministre de la Santé Olivier Véran (à gauche) le 10 mars 2020 - Ludovic Marin / AFP / POOL

Lors du Conseil de défense de vendredi, à l'issue duquel Jean Castex a fait des annonces moins rudes que prévu, le ministre de la Santé s'est vu refuser par le chef de l'État certaines restrictions.

À l'Elysée désormais, on entend rester fidèle à la stratégie consistant à "vivre avec le virus". Sans rendre le quotidien des Français - c'est là le sous-texte - invivable. Emmanuel Macron a répété ce leitmotiv ce mercredi lors de la visite d'une étape du Tour de France. C'était déjà l'enjeu derrière le dernier Conseil de défense sanitaire, présidé vendredi par le chef de l'État et auquel ont notamment participé Jean Castex et Olivier Véran.

Durant la réunion, le ministre des Solidarités et de la Santé a plaidé auprès du chef de l'État pour que soient annoncées, à l'issue du Conseil, des mesures plus restrictives à Bordeaux, à Marseille et en Guadeloupe. Notamment la fermeture des bars et des restaurants.

De quoi susciter la colère d'Emmanuel Macron, qui ne veut pas demander des efforts supplémentaires aux Français alors même que ceux-ci s'agacent des blocages en matière de tests. "Vous reviendrez me voir quand votre copie sera meilleure", a-t-il demandé à ses ministres. Résultat, les annonces faites par Jean Castex ont surpris par leur contenu mitigé.

Problème de confiance

Au gouvernement, on explique qu'il est difficile d’imposer des mesures de façon verticale à l'échelle nationale. Et ce, d'autant plus que les Français sont majoritaires à ne pas faire confiance à l'exécutif dans sa gestion de la crise, comme l'a montré notre dernier sondage Elabe paru mardi.

Olivier Véran doit donner une conférence de presse ce jeudi. Pour lui, le vrai sujet est de déterminer quelle peut être la stratégie afin que le dépistage de la maladie soit plus efficace. Du fait de l'injonction présidentielle à revoir sa copie, le ministre des Solidarités et de la Santé devrait se contenter d'expliquer comment rendre le dépistage plus optimal.

Il fera ensuite un point très précis, territoire par territoire, pour expliquer quelles zones sont les plus touchées, chiffres et graphiques à l'appui "parce que personne ne comprend rien", souffle son entourage. Selon l'évolution de l'épidémie, d'autres annonces pourraient être faites la semaine prochaine.

Le blues de Véran

S'agissant du cas spécifique d'Olivier Véran, ancien député socialiste ancré dans la deuxième gauche, son entourage le dit de plus en plus frustré d'être cantonné à la gestion du Covid-19. Déstabilisé, il nourrit l'envie d'"exister" sur d'autres sujets, tels que les retraites et la dépendance.

Mais l'épidémie vampirise tout, y compris la politique. L'élu de l'Isère aurait aimé être un "marqueur de gauche" du gouvernement et contrebalancer le poids croissant de Gérald Darmanin, avec qui il a failli, selon L'Express, entamer un bras de fer autour de la question des repas de migrants à Calais. Reste les régionales, pour lesquelles son nom a été évoqué à de nombreuses reprises pour occuper une tête de liste en Auvergne-Rhône-Alpes. Le coronavirus le lui permettra-t-il?

Par Agathe Lambret avec Jules Pecnard