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Coup d'arrêt pour le Rassemblement national aux municipales

Marine Le Pen au siège du RN.

Marine Le Pen au siège du RN. - Christophe ARCHAMBAULT

Le Rassemblement national a claironné sa victoire aux municipales à Perpignan dimanche soir. La prise d'une ville de 120.000 habitants est une performance, mais elle s'accompagne d'un net recul du nombre de sièges.

L'histoire municipale du Rassemblement national, ex-FN, est faite de marées et de ressacs. Après la première percée en 1983, la formation lepéniste a connu des élections plus anonymes en 1989 ; la vague sudiste en 1995 s'est largement brisée en 2001 ; cette fois, tandis que le scrutin de 2014 avait permis au Rassemblement national d'emporter quelques conseils municipaux et d'espérer frapper de plus en plus fort au fil des suffrages communaux, les municipales chaotiques qui ont pris fin dimanche soir ont accouché d'une contraction des scores du RN.

Réussites limitées

Bien sûr, le mouvement avait sauvegardé huit des dix villes décrochées en 2014 dès le premier tour. Certes, ses cadres en ont remporté trois autres lors de la seconde manche: Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, Bruay-la-Buissière dans le Pas-de-Calais, et surtout Perpignan, avec ses 120.000 habitants. La cité catalane a d'ailleurs concentré la plupart des commentaires de ceux qu'on appelait les frontistes il y a peu encore. Marine Le Pen s'est réjouie:

"Ce n'est pas seulement une victoire symbolique, c'est un vrai déclic, parce que nous allons aussi pouvoir démontrer que nous sommes capables de gérer de grandes collectivités". Le principal intéressé et maire imminent de Perpignan, Louis Alliot, a lui lancé: "C’est l’exemple qu’il n’y a plus de plafond de verre pour le Rassemblement national. Ce front dit 'républicain' est tombé ce soir à Perpignan et pourrait tomber ailleurs demain."

Hommage très discret

Pourtant, à la tête d'une liste d'"ouverture", Louis Aliot a préféré rendre un hommage modéré à son parti durant la campagne, n'en exhibant jamais le nom. Et, tandis qu'en janvier dernier à la Maison de la Chimie au moment de déclencher cette équipée électorale, Marine Le Pen avait invité à la "poursuite d'une reconquête" après les européennes dans le but de "conduire le peuple au pouvoir", sans pour autant livrer d'objectif chiffré, il faut reconnaître qu'au Rassemblement national, l'heure est plutôt à la sinistrose. Il n'a pas pu cultiver ses bassins d'élection. Ainsi, si Bruay-la-Buissière vient désormais épauler Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, le binôme aparaît isolé.

Le RN a encore échoué à s'emparer de certaines zones-clés pourtant à sa portée, comme le 7e arrondissement marseillais, où Stéphane Ravier a buté sur la dernière marche. En outre, sa capacité actuelle à s'ancrer localement est ponctuellement remise en question, comme à Mantes-la-Ville, son seul fief en Île-de-France jusqu'ici, qui lui a échappé dimanche en même temps qu'à son maire sortant, Cyril Nauth.

Un nombre de conseillers en chute libre

Enfin, les statistiques dévoilées ce lundi par France Info dénudent l'affaiblissement communal du parti de Marine Le Pen en six ans. En 2014, il cumulait 1438 sièges dans 463 villes, il ne peut plus se prévaloir que de 840 sièges répartis dans 258 agglomérations. C'est donc une tendance de fond qui se dessine au plan national, peut-être aggravée par une très forte abstention.

Le lendemain de ce scrutin a d'ailleurs ceci de particulier qu'il est aussi douloureux pour La République en marche et le Rassemblement national, deux adversaires, dont l'un semble privé d'une grande partie de sa base populaire après trois ans d'exercice parfois erratique du pouvoir, et l'autre a peiné à mobiliser. Les chefs de file de ces deux ensembles restent cependant favoris à la prochaine présidentielle, mais leurs troupes n'ont rien de fringant en ce début d'été.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV