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Congé parental : révolution ou coup de com bobo ?

Les Coulisses de la Politique, de Jean-François Achilli, du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC

Les Coulisses de la Politique, de Jean-François Achilli, du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC - -

La Journée internationale des droits des femmes : « le 8 mars, c’est toute l’année », le slogan orne le compte Twitter de l’Elysée. François Hollande a lancé cette journée en proposant hier soir un congé parental… pour vous, les messieurs !

François Hollande cultive le paradoxe : « ce n'est pas toujours la mère qui doit être bénéficiaire du congé parental », a expliqué le chef de l’Etat qui prononçait un discours à la Villette. Pour lui, le père doit prendre sa part. « Ce sera la preuve de l'égalité ». « Le complément de libre choix d'activité » - c’est le nom technique du congé parental- jusqu’à trois ans pour deux enfants, 566 euros mensuels maximum, est utilisé à 97% par des femmes : il serait ramené à deux ans et demi.

Et les six mois restants seraient alors pris par le père, avec des incitations financières ?

Parce que les salaires des hommes sont plus élevés, ils rechignent à cesser le travail… La mère pourrait ainsi retourner plus tôt à une activité. Tout cela est très théorique. Cette réforme, qui fera partie en mai prochain d’un projet de loi-cadre sur l'égalité, a été présentée sans vraiment savoir comment elle sera financée.

Est-ce une vraie révolution, alors que le problème est que les femmes gagnent 28% de moins que les hommes dans le privé ?

C’est un peu une « mesure-bobo », se désole un conseiller gouvernemental. Parce que l’urgence est ailleurs. Ce qu’il manque en France, ce sont en réalité, 350 mille places en crèche, selon un rapport du Haut conseil de la famille. Avec de grandes difficultés pour les familles monoparentales, qui concernent à 80% des femmes seules, qui doivent élever leurs enfants sans pouvoir s’arrêter de travailler. Et que dire des disparités salariales hommes/femmes ? Les discussions sont en cours. Najat Vallaud-Belkacem, la ministre du droit des femmes, rappelle dans Le Parisien ce matin que des sanctions peuvent aller jusqu’à 1% de la masse salariale. Encore faut-il que les contrôles soient efficaces. Dans ce contexte, l’incitation au congé parental masculin semble plutôt relever du gadget, du coup de com pour cette journée des femmes…

Pour finir, où est-ce qu’on en est de la parité en politique ?

Il y a aujourd’hui 27% de femmes à l’Assemblée nationale… Il y a un quart de siècle, en 88, c’était moins de 6%. Mais faut-il pour autant imposer la parité absolue, comme ce sera le cas pour les élections départementales ? Les avis sont partagés… L’exemple emblématique où les femmes ont émergé naturellement par leur combativité : c’est Paris. La bataille municipale se jouera entre des femmes, Hidalgo, Kosciusko-Morizet, Dati, peut-être Duflot ou Jouanno, sur leur talent, sans quota.

Et pourquoi n’est-il pas viré ?

Pour plusieurs raisons. Laurent Fabius, homme d’expérience, avait gaffé en début de semaine en annonçant les prévisions de croissance à la baisse, sans être inquiété. Et puis, Kader Ariv est un fidèle, un ami de François Hollande depuis les années Solferino. Enfin, le virer à ce moment, en provoquant une crise gouvernementale à Paris sur la question des otages, aurait été un formidable cadeau pour les ravisseurs. Le ministre délégué a donc le temps, explique un expert au sein du gouvernement : il prendra sans doute la porte de sortie, mais en douceur, au premier remaniement.

Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce vendredi 8 Mars.

Jean-François Achilli|||

Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

>> Suivez-le sur Twitter @jfachilli et sur son blog.

Jean-François Achilli