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Comment l'exécutif a changé de discours sur les violences policières

Ce mardi, Emmanuel Macron a rappelé les policiers à leur devoir d''exemplarité" et a poussé Christophe Castaner à lui faire des propositions pour améliorer la déontologie, alors que plusieurs enquêtes ont récemment été ouvertes pour des soupçons de violences policières.

En ce début d'année, le gouvernement durcit le ton à l'égard des policiers soupçonnés de violences policières, à mesure que les images captées lors des récentes manifestations contre la réforme des retraites se multiplient, et donnent lieu à l'ouverture d'enquêtes judiciaires.

Après une année de manifestations des gilets jaunes au cours de laquelle plus de 200 enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN pour des soupçons de violences policières, de nouvelles scènes de violences dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites suscitent depuis plusieurs semaines une nouvelle vague d'indignation. 

Trois enquêtes ouvertes récemment 

Une enquête judiciaire a encore été ouverte ce mardi concernant un policier filmé en train de faire un croche-pied à une manifestante jeudi dernier lors de la manifestation contre la réforme des retraites à Toulouse; et une autre a été ouverte à Paris, où un policier avait été filmé le 9 janvier dernier en train de tirer à bout portant avec un LBD sur des manifestants.

Un peu plus tôt, le 5 janvier dernier, un père de famille de 42 ans travaillant comme livreur est mort après avoir été plaqué au sol deux jours plus tôt par plusieurs policiers lors d'un contrôle routier houleux aux abords de la Tour Eiffel. Sa famille a été reçue ce lundi par Christophe Castaner

L'avocat de la famille a reconnu, sur notre antenne ce mardi soir, qu'il y avait "une évolution de la parole gouvernementale", regrettant cependant que "ça ne reste que de simples discours".

Macron monte au créneau

Ce mardi, Emmanuel Macron a enjoint le ministère de l'Intérieur de faire "des propositions claires pour améliorer la déontologie" des forces de l'ordre.

"Des comportements qui ne sont pas acceptables ont été ou vus ou pointés", a déclaré le chef de l'Etat en déplacement à Pau, car ils peuvent "atteindre la crédibilité et la dignité" des forces de l'ordre. "Il ne faut avoir aucune complaisance", a-t-il asséné, tout en déplorant "la violence et le nihilisme politique" qu'expriment selon lui certains manifestants.

Au ministère de l'Intérieur, on souligne avoir "déjà engagé plusieurs travaux sur la déontologie et le contrôle", avec notamment le futur "schéma national du maintien de l'ordre dont les conclusions doivent aboutir dans quelques semaines". "Nous allons voir ce qu'il y a à améliorer, de la formation aux techniques d'intervention", a précisé le ministère à l'AFP.

Deux jours après avoir déjà rappelé les forces de l'ordre à leur professionnalisme et à leur déontologie, le ministre de l'Intérieur a une nouvelle fois consacré ce lundi une bonne partie de ses voeux à la police nationale au devoir "d'exemplarité" et à "l'éthique". "C'est l'honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l'éthique, sauf à s'abaisser, à abaisser la police", avait-il déclaré, faisant allusion à la séquence du croche-pied survenue à Toulouse

À l'Assemblée nationale ce mardi, Édouard Philippe assurait que la doctrine gouvernementale n'avait pas changé. "Je redis notre exigence absolue à ce que les règles d'encadrement soient rappelées et respectées", a affirmé le chef du gouvernement en réponse au député communiste André Chassaigne. "Et lorsqu'elles n'ont pas été respectées, qu'elles donnent lieu le cas échéant à des sanctions ou à des décisions".

"Face à la mission redoutablement délicate confiée aux forces de l’ordre, nous devons à la fois exprimer notre confiance et notre exigence absolue de respect de l’usage proportionné de la force".

"Un tournant dans la doctrine du maintien de l'ordre"

"Nous sommes indéniablement à un tournant dans la doctrine du gouvernement sur le maintien de l'ordre", analyse sur notre plateau Ivanne Trippenbach, journaliste à L'Opinion. Pour elle, le discours de l'exécutif a changé.

"C'est la première fois, sous ce quinquennat, que l'exécutif tient ce type de discours et qu'il rappelle les policiers à leur déontologie", ajoute la journaliste, avant de rappeler que Christophe Castaner avait "déclaré en mars 2019 que les violences policières n'existaient pas, en réfutant même le terme".

"Puis l'été dernier, il y avait eu une petite inflexion, mais il restait vraiment prudent et rappelait que les violences commises par les forces de l'ordre n'étaient pas irréparables. Là, il a une parole beaucoup plus claire, qui rappelle celle de Bernard Cazeneuve lors du quinquennat précédent", précise-t-elle. 

Les syndicats policiers agacés

Du côté des syndicats, les déclarations présidentielles agacent, au lendemain de la mort près de Lyon d'un policier percuté volontairement par un fourgon lors d'une intervention. "Ses propos sont malvenus après la mort d'un collègue et alors que les responsables sont toujours en fuite", s'est indigné auprès de l'AFP Frédéric Lagache, d'Alliance.

"On est à bout, exténués, on ne peut pas faire preuve de résilience à l'infini", a renchéri auprès de l'AFP Thomas Toussaint, de l'Unsa-Police. "On ne valide pas tout (les violences de policiers), a-t-il ajouté, mais il faut remettre les choses dans leur contexte". En cause à ses yeux, les "60 semaines de manifestations et de mouvement des gilets jaunes" qui ont mis sur le flanc les forces de l'ordre.

Pour Frédéric Lagache, il faut "faire en sorte que la police soit respectée et qu'il y ait des sanctions lorsqu'il y a outrage". Et de citer les "insultes", les "crachats" jetés à la figure des forces de l'ordre.

Jeanne Bulant