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Centenaire du congrès de Tours: récit d'un divorce pour la gauche française

Le Congrès de Tours de décembre 1920 qui a vu naître la naissance du Parti communiste français.

Le Congrès de Tours de décembre 1920 qui a vu naître la naissance du Parti communiste français. - STF

Le 30 décembre 1920, il y a cent ans jour pour jour, a marqué l'avènement du parti communiste en France et la fin de l'union des socialistes français, un nouveau chapitre pour la gauche.

Les communistes français sont centenaires. Ce 30 décembre 2020 marque les 100 ans du Congrès de Tours, événement clé dans l'histoire politique française et notamment de la SFIO, fondée en 1905.

Quinze ans d'union, puis la rupture. En décembre 1920, la Section française de l'Internationale ouvrière fait face aux désillusions engendrées par la Première Guerre mondiale. L'après-conflit est difficile pour le parti, qui reste orphelin depuis la mort de Jean Jaurès en 1914.

La pacifisme tant espéré est rattrapé par la révolution russe et la réalité ouvrière. À Moscou, les bolchéviques sont au pouvoir depuis 1917 avec à leur tête Lénine, tandis qu'à l'Ouest, les grèves et mouvements insurrectionnels se multiplient, comme en Allemagne, avec la ligue spartakiste.

Les espoirs de l'Internationale communiste

En France, l'heure est au choix pour les socialistes. Le 18e Congrès de la SFIO se tient alors dans la salle du Manège, à Tours, où les délégués doivent statuer sur l'avenir du parti, qui se jouera durant quatre jours marqués de longs débats.

Trois horizons sont proposés. D'abord celui de Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, et de Ludovic-Oscar Frossard, secrétaire général de la SFIO depuis 1918. Les deux délégués reviennent alors d'un voyage à Moscou pour se renseigner sur l'Internationale communiste.

Leur retour est plein d'enthousiasme et les motive à déposer une motion où ils réclament l'adhésion immédiate et sans condition à la Troisième Internationale.

"La République russe est définitivement, solidement établie; une république socialiste est née, elle vous appelle à venir avec elle lutter sur le nouveau front de l'internationale qu'elle a créée. Le fait de sa stabilité, de son établissement définitif n'est-il pas déjà un argument pour nous?", lance le directeur de L'Humanité devant l'assemblée de délégués.
Le directeur de l'Humanité Marcel Cachin le 29 décembre 1920 au Congrès de Tours.
Le directeur de l'Humanité Marcel Cachin le 29 décembre 1920 au Congrès de Tours. © AFP

Duel perdu pour Léon Blum

Un autre camp soutient cette adhésion, mais sous conditions. Les "reconstructeurs", à savoir le rédacteur en chef du Populaire, Paul Faure, et Jean Longuet, qui n'est autre que le petit-fils de Karl Marx, sont à la recherche d'un compromis. Ils se disent fermement opposés aux "21 conditions de Moscou" d'admission à la Troisième Internationale, jugées draconiennes, et notamment aux épurations périodiques des "éléments intéressés et petit-bourgeois".

Vient ensuite la motion portée par Léon Blum qui, se sachant minoritaire, refuse catégoriquement l'adhésion à l'Internationale communiste, l'estimant incompatible avec le socialisme français.

"Je ne connais pas deux espèces de socialisme, dont l’un serait révolutionnaire et dont l’autre ne le serait pas. Je ne connais qu’un socialisme, le socialisme révolutionnaire", défendra le député devant les délégués, persuadé d'incarner le socialisme authentique.

La désunion de la gauche

Mais l'issue est déjà connue et la motion de Cachin et Frossard recueille 3208 mandats, soit plus de deux tiers du total.

Le 18e Congrès de Tours se referme sur la scission de la SFIO et la naissance de la Section française de l'Internationale communiste, ancêtre du Parti communiste français. Blum, lui, gardera la "vieille maison" et la main tendue vers les communistes, qui le rejoindront en 1936 pour former avec les radicaux de gauche le Front Populaire.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV