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Ce soir à 20h, Macron joue son quinquennat

Edouard Philippe, Emmanuel Macron et François de Rugy lors de la réunion de concertation à l'Elysée le 10 décembre 2018.

Edouard Philippe, Emmanuel Macron et François de Rugy lors de la réunion de concertation à l'Elysée le 10 décembre 2018. - Yoan VALAT / POOL / AFP

Le chef de l'Etat, appelé à "faire un mea culpa comme jamais", prépare à l'Elysée l'allocution prévue ce lundi soir. D'après son entourage, "tout est sur la table" pour répondre à la colère des gilets jaunes.

Un "exercice de haute voltige", "l'heure de vérité", "la quadrature du cercle". Les expressions ne manquent pas dans la presse ce lundi, pour qualifier l'exercice auquel va se livrer le chef de l'Etat dans quelques heures. Prenant la parole à 20 heures en direct de l'Elysée, alors que les gilets jaunes entament leur deuxième mois de mobilisation, Emmanuel Macron est appelé à "corriger sa copie", "reconnaître ses erreurs", en bref, à faire des annonces capables de montrer qu'il a "entendu la colère", le terme revenant en boucle dans la bouche des membres du gouvernement et de la majorité.

Pour Stanislas Guérini, invité ce lundi matin sur notre antenne, le moment est "important pour le quinquennat, pas pour le président de la République ou la majorité", car la question est de savoir si l'"on continue à réussir à réformer le pays", et si l'on entend "ce cri de colère" des Français", estime le nouveau délégué général de la République en marche. Pour de nombreux commentateurs et membres de l'opposition, c'est pourtant bien le quinquennat d'Emmanuel Macron qui est en jeu dans cet exercice. "Il va devoir relancer de zéro ou presque son quinquennat", abonde dans L'Opinion un membre de la majorité.

Renouer avec les corps intermédiaires

Première étape de ce temps 2 du quinquennat, le chef de l'Etat reçoit dans la matinée à l'Elysée des représentants des corps intermédiaires. 37 personnes au total sont réunies autour d'une grande table, dont le Premier ministre Édouard Philippe et 12 membres du gouvernement, les patrons des principaux syndicats et du patronat, ainsi que les présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat et des associations de collectivités locales. Un moyen de préparer son intervention nocturne, mais aussi de rompre avec la verticalité du pouvoir pratiquée jusque-là, alors qu'il avait promis pendant la campagne présidentielle de faire de la politique "autrement".

"On doit évidemment renouer avec les corps intermédiaires, s’appuyer sur eux, et en même temps aller à la source, aller écouter les Français et parler avec eux", résume un interlocuteur du Président dans le quotidien libéral.

Le président, qui a refusé jusque-là de recevoir des gilets jaunes afin de ne pas être tenu par ce qu'il aurait pu leur dire, va devoir ce lundi se dégager une marge de manoeuvre, alors qu'il sera pour la première fois exposé par son discours. Emmuré dans le silence, il n'avait pas fait de déclaration officielle sur le sujet, malgré les nombreuses interpellations dont il a fait l'objet au cours de ses récents déplacements. Il s'expose cette fois en première ligne pour incarner la réponse aux gilets jaunes, après avoir laissé cette place au Premier ministre pendant plusieurs semaines. Et n'a donc pas le droit à l'erreur.

Pénicaud opposée à la hausse du Smic

Sur le fond, il est attendu sur le plan social sur plusieurs mesures devant notamment améliorer le pouvoir d'achat. Cela passerait par exemple par l'accélération de la suppression de la taxe d'habitation, ou par le lancement d'une prime de 1.000 euros défiscalisée pour les salariés. Du côté des gilets jaunes, c'est l'augmentation du Smic qui est réclamée, la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités, ou encore le rétablissement de l'impôt sur la fortune dans sa forme originelle.

Autant de pistes évacuées à ce stade par le gouvernement: Bruno Le Maire s'est opposé ce lundi à la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités, quand Muriel Pénicaud a estimé que toute augmentation du Smic "détruirait des emplois". Emmanuel Macron, lui, refuse de revenir sur la réforme de l'ISF, craignant de "détricoter" ce qui a été mis en place depuis son arrivée à l'Elysée.

"Il doit faire un mea culpa comme jamais"

Pour un poids lourd macroniste interrogé par BFMTV, le chef de l'Etat n'a cependant pas le choix, "il va devoir trouver un équilibre subtil entre des mesures d'urgence et la nécessité du débat". D'après lui, le chef de l'Etat "doit faire un mea culpa comme jamais. Il n'éteindra pas le feu avec cinq mesures". Et un conseiller d'insister sur la difficulté de l'exercice: "Il faut qu'il soit compris par un gilet jaune comme par un patron du CAC40". Le chef de l'Etat doit en effet s'adresser aux gilets jaunes, mais aussi aux Français qui les soutiennent.

Dans les derniers sondages, sa cote de confiance, qui ne cesse de faiblir, est en baisse chez ses électeurs du 1er tour de la présidentielle, atteignant par exemple 59% dans le sondage Elabe publié le 6 décembre. 

Une réforme institutionnelle?

En coulisses, certains députés de la majorité poussent aussi pour des mesures capables de répondre à la crise institutionnelle. "J’ai vu de la part des gilets jaunes la volonté d’un système démocratique plus pertinent, ils ont l’impression que le pouvoir les méprise, ils ne se sentent plus représentés par ceux qu’ils ont élu", a rappelé ce lundi sur notre antenne le député insoumis Alexis Corbière.

"La décision publique ne peut plus se faire sans les Français", déclarait dimanche sur BFMTV Mounir Mahjoubi, alors que l'idée d'une prise en compte du vote blanc ou de la mise en place de référendums d'initiative populaire font leur chemin. Le chef de l'Etat a-t-il pris la mesure de ces attentes? D'après son entourage, "tout est sur la table". 

Charlie Vandekerkhove