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Boutin : « Hébergement forcé par -6°... Aucun regret ! »

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L'hébergement forcé des SDF en cas de grand froid fait polémique. Sans regret, Christine Boutin, ministre du Logement, revient sur son idée, exemples et solutions à l'appui.

Christine Boutin a proposé mercredi dernier après la mort d'un sans-abri (le 5e en un mois en région parisienne) de contraindre les SDF à se rendre dans un centre d'hébergement d'urgence « lorsqu'on sera en dessous de 6 degrés ». Une proposition qui a fait bondir les associations d'aide aux sans-abri et que François Fillon a aussitôt tempéré : « On est attaché à la liberté de chacun, il n'est pas question de revenir sur ces principes, mais à certains moments, notamment dans les grands froids, il y a un devoir d'assistance à personne en danger. »

« Pas de regret, ni de désaccord entre Fillon, Sarkozy et moi »

Quelque peu agacée lorsqu'on lui demande si elle ne regrette pas ces propos sur l'hébergement forcé des sans-abri en période de grand froid, Christine Boutin, ministre du Logement s'indigne : « Pourquoi voulez-vous que je regrette ? François Fillon ne m'a pas du tout corrigée. Je suis désolée de dire que sa phrase a été tronquée. Il n'y a pas une feuille de cigarette entre la position du Premier ministre, du Président de la République et la mienne. Il faut arrêter. La question c'est : jusqu'à quel moment doit-on respecter la liberté des gens et d'autre part ne pas porter assistance à une personne en danger ? La difficulté, c'est l'équilibre entre les deux. Les pays anglo-saxons ne se posent pas la question ; ils ramassent tout le monde. Le système français est beaucoup plus fin et sophistiqué. »

« Arrêtons de donner une image négative des centres d'hébergement »

Les associations d'aide aux sans-abri, et les sans-abri eux-mêmes parlent souvent des conditions difficiles et inadaptées des centres d'hébergement. Des critiques que la ministre du Logement semble lassée d'entendre : « Il faut arrêter de véhiculer cette image négative. Bien sûr, il y en a qui ne sont pas bien, mais beaucoup sont mieux. Il faut arrêter de dire que ce sont des lieux de perdition. En tous les cas, entre au chaud et sous une tente, il n'y a pas photo quand il fait moins 6 degrés ! »

« Hirsch n'est pas dans l'application de la réalité »

Réagissant aux propos de Martin Hirsch qui la semaine dernière a fait part de son opposition à l'hébergement forcé des SDF, Christine Boutin explique : « je ne veux pas du tout de complications avec Martin Hirsch. Lui, il est dans l'application des principes ; moi je suis dans l'application de la réalité. Y'a les "y'a qu'à, faut qu'on", et puis il y a ceux qui doivent mettre les choses en application, et ce n'est pas toujours simple. »

Un SDF refuse l'hébergement, et meurt

Et pour justifier encore une fois sa proposition, Christine Boutin donne un exemple concret : « Ceux qui disent qu'il ne faut pas qu'il y ait d'obligation seront à montrer du doigt s'il y a un mort. Le dernier cas [celui décédé vendredi dans le 4ème arrondissement de Paris] était un homme parfaitement connu par les maraudes, les équipes médico-sociales : on lui avait proposé un hébergement et il l'a refusé. Quatre jours plus tard, il est mort. Alors que faut-il faire ? »

Bientôt des bungalows pour les sans-abri à Paris ?

Pour régler ce problème de logement des sans-abri, des solutions existent selon Christine Boutin : « Au mois de juin, quand j'ai proposé d'installer des bungalows pour héberger les sans-abri, j'ai eu beaucoup de critiques. Aujourd'hui, les bungalows sont disponibles, mais il faut trouver les terrains. Nous sommes en négociations avec la mairie de Paris pour trouver le lieu où les placer. Je pense que nous allons aboutir et que dans les jours qui viennent on pourra effectivement avoir cette perspective. »

Vincennes : un hôpital ouvre des lits aux SDF du bois

Si les associations d'aide aux sans-abri critiquent vivement cette idée d'un hébergement forcé des SDF, certains élus locaux se mobilisent pour trouver des solutions concrètes et efficaces. Maurice Cambon, sénateur maire UMP de Saint Maurice, en bordure du bois de Vincennes, et président de l'hôpital Esquirol, situé sur la commune, a demandé l'ouverture dès aujourd'hui dans l'établissement d'une vingtaine de lits pour accueillir les SDF du bois de Vincennes. Visiblement remonté contre les annonces de Christine Boutin, il justifie son initiative : « au lieu de faire des déclarations en tous genres sur les solutions que l'on doit trouver, il faut en trouver des concrètes. »

Juliette VINCENT, avec Nicolas PINAULT-Bourdin & Co