BFMTV

Bilger : «L'indépendance de la justice, seul point positif des débuts de Hollande»

L'ancien avocat général Philippe Bilger, invité vendredi de Jean-Jacques Bourdin, à 8h35 sur RMC et BFMTV.

L'ancien avocat général Philippe Bilger, invité vendredi de Jean-Jacques Bourdin, à 8h35 sur RMC et BFMTV. - -

Invité de JJ Bourdin ce vendredi matin, le magistrat Philippe Bilger, qui sort le livre "la France en miettes", a évoqué «l'échec» du quinquennat de Sarkozy, et a souligné l'indépendance de la justice comme point fort de l'exécutif.

Magistrat honoraire, Président de l’Institut de la Parole, Philippe Bilger sort le 17 avril La France en miettes (éditions Fayard). Dans cet essai, Philippe Bilger défend la thèse selon laquelle la droite française a été détruite par Nicolas Sarkozy alors que la gauche est déjà lessivée au bout de onze mois de pouvoir. Résultat : le pays est en décomposition. « Il est dur d’admettre que la normalité, le souci d’assumer une charge exceptionnelle mais à hauteur d’homme n’ont pas su dégriser un pays encore ivre de l’alcool trop brûlant injecté dans ses veines durant cinq ans », écrit-il.
Face à Jean-Jacques Bourdin ce vendredi matin, le magistrat a évoqué la nécessaire réforme « morale » de la vie politique, avant de se prononcer sur l'indépendance justice française, qu'il met au crédit de l'exécutif. Un gouvernement Hollande qu'il ne juge pas « à la hauteur des enjeux », même s'il n'a pas davantage épargné le quinquennat de Sarkozy, qualifié d' « échec ».

Sur l'avenir politique français

Le pays est-il vraiment en décomposition ? Vous allez loin :

8h56 - Philippe Bilger : « Il n y' a pas eu de cohérence absolue depuis le début du quinquennat socialiste. Pendant la campagne on n'a parlé que de la crise, et après le gouvernement s'étonne que cette crise soit aussi sérieuse. Le gouvernement ne donne pas l'impression d'être à la hauteur des enjeux. Il nous manque quelqu'un qui a une vision. Hier on ne l'avait pas, aujourd'hui on ne l'a pas davantage, mais je supporte davantage le personnage. Il y a trop de dissenssions, de choses qui nous divisent parce qu'on n'a pas un pouvoir suffisamment fort pour mettre son emprise bienveillante sur nous. Ce qu'on constate nous incline au pessimisme ».

Sur les habitants de Sevran qui se substituent à l'Etat : les résidents d’un immeuble gangrené par le trafic ont voulu déloger les trafiquants de drogue de leur hall d'immeuble. Mais les trafiquants se sont vengés: des représailles sur plusieurs véhicules pour avoir bloqué l'entrée du bâtiment.

8h52 - Philippe Bilger : « J'ai été très frappé par le syndiqué de la police qui reproche aux habitants de Sevran, parce que la police n'est pas là, d'avoir pris en main leur destin et chassé des dealers ».

Sur le gouvernement Hollande

8h52 - Philippe Bilger : « A droite, personne ne se dégage car Sarkozy bouche le paysage. A droite il n'y en a qu'un, c'est François Fillon. S'il continue à tergiverser, ça va être une catastrophe en 2017 ».

Vous écrivez sur Jean-Marc Ayrault : "un honnête homme qui fait preuve d'estimables carences" :

8h51 - Philippe Bilger : « Ayrault a une bonne volonté absolue, mais j'ai longtemps pensé que c'est le seul être dans la vie politique française que sa fonction n'ait pas transcendé. Il a mis du temps pour être au moins à la hauteur de son poste de Premier ministre ».

Sur l'action de la droite sous le mandat de Sarkozy

Vous parlez "d'amateurisme du pouvoir" et vous dites "Hollande a dû emprunter à Sarkozy tout ce qu'il détestait auparavant":

8h49 - Philippe Bilger : « Hollande a paradoxalement un excès d'intelligence, il commente remarquablement l'action qu'il prend, et même avant de l'accomplir, de sorte qu'il concède que la parole suffit. Je regrette profondément que le quinquennat Sarkozy, en mettant une droite non honorable au premer plan, nous ait conduits pour beaucoup à voter Hollande uniquement par anti-sarkozysme. Si Sarkozy revenait au pouvoir ce serait une catastrophe et j'attends que quelqu'un d'autre à droite se présente et assume une droite honorable ».

8h46 - Philippe Bilger : « J'ai été un partisan enthousiaste de Sarkozy en 2007. Il ne m'a pas fallu 24 heures pour comprendre que ma crainte qu'il ne soit pas à hauteur avec suffisamment de distance, se réalise. Le quinquennat a été un échec et la pantalonnade Fillon-Copé n'a été que le paroxysme d'une droite qui avait déjà été détruite pendant 5 ans ».

Sur le rôle de la justice française

8h46 - Philippe Bilger : « On n'a aucune politique pénale. Christiane Taubira a été ennivrée par son succès parlementaire pour le mariage pour tous, mais pour le reste, elle est un garde des Sceaux de l'inaction involontaire. Elle a inventé l'action verbale ».

Pourtant, la justice a été attaquée dans le cadre de l'affaire Bettencourt :

8h45 - Philippe Bilger : « J'ai trouvé les attaques contre le juge Gentil scandaleuses. Mais la justice va jouer son rôle. Si l'abus de faiblesse n'est pas caractérisé, je ne vois pas pourquoi Sarkozy ne peut pas bénéficier d'un non-lieu, il n'y a pas de quoi sortir les foudres comme l'a fait Henri Guaino ».

Je constate que la justice française est indépendante et continue à faire son travail.

8h43 - Philippe Bilger : « L'indépendance de la justice est incontestablement le seul élément positif des premiers mois de François Hollande : la justice n'est plus troublée par les immixtions du pouvoir dans les affaires sensibles ».

Sur la création d'un parquet financier, un procureur qui aurait une compétence nationale sur la corruption et les grandes fraudes fiscales

8h42 - Philippe Bilger : « On ne sait pas comment va s'articuler l'action de ce procureur sur les structures existantes. Je rejoins Eva Joly, il aurait mieux valu amplifier les moyens de l'existant ».

Sur la moralisation de la vie politique

Sur le non-cumul des activités parlementaires avec certains métiers, une mesure proposée dans le cadre de la future loi du 24 avril :

8h41 - Philippe Bilger : « C'est une très bonne chose, Laurent Wauquiez l'a proposé, mais au sein de l'UMP certains l'ont contesté » . Oui, Jean-François Copé par exemple, qui sera mon invité lundi matin, et je lui en parlerai.

8h39 - Philippe Bilger : « Plus notre société devient imparfaite, plus elle parle de moralisation mais moins elle parle de morale. La véritable réforme est intellectuelle et morale. Il est invraisemblable de ne plus pouvoir trouver de personnes insoupçonnables. On met la classe politique dans un gouffre nauséabond alors qu'il y a des gens remarquables ».

Imaginons ces élus en train de passer leur week-end à vérifier leur comptabilité. Que pensez-vous de cette exigence de transparence ?

8h36 - Philippe Bilger : « Le gouvernement n'avait pas d'autre choix pour faire oublier l'affaire Cahuzac, qui l'a choisi comme ministre du Budget alors que déjà 20 ans de rumeurs circulaient sur lui. Le plan de moralisation peut ensuite aboutir a des excès grotesques, et Jean-Luc Mélenchon l'a démontré dans sa déclaration en s'en moquant ».

Retrouvez aussi l'émission Bourdin & Co de ce vendredi matin.

Claire Béziau, avec Jean-Jacques Bourdin