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Ayrault, un bilan au goût d’inachevé

Jean-Marc Ayrault va quitter Matignon, après moins de deux ans à la tête du gouvernement.

Jean-Marc Ayrault va quitter Matignon, après moins de deux ans à la tête du gouvernement. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Un peu moins de deux ans après son arrivée à la tête du gouvernement, Jean-Marc Ayrault aura fait preuve de volontarisme, mais n’aura pas réussi à marquer le quinquennat de son empreinte.

Réformer sans diviser. La tâche semblait compliquée, voire quasi impossible pour Jean-Marc Ayrault, qui va donc quitter Matignon à la faveur d’un remaniement ministériel. En un peu moins de deux ans, le chef du gouvernement n’aura pas réussi à faire bouger les lignes, même s’il a montré une réelle volonté et une implication à toute épreuve.

Endossant sans rechigner le rôle du fusible, l’ancien maire de Nantes n’a jamais eu d’autre ambition que celle de remplir son rôle de numéro deux, chose rare dans l’histoire de la Vème République. Une attitude appréciée par le chef de l’Etat, de même que sa loyauté.

En conflit avec les poids lourds du gouvernement

Malheureusement, Jean-Marc Ayrault n’aura pas su imposer son autorité, tant vis-à-vis des fortes têtes du gouvernement que de l’opinion publique. En témoignent les prises de bec avec Manuel Valls ou Arnaud Montebourg, tandis que les sondages lui assuraient une impopularité constante.

Au lendemain des élections municipales, seuls les écologistes lui ont apporté leur soutien, plus par peur de voir Manuel Valls lui succéder que par unité. La majorité socialiste, elle, est restée plutôt mobilisée derrière son ancien patron, l’aile gauche du PS mise à part. Mais Jean-Marc Ayrault s’est également mis à dos les collectivités, qui lui reprochent les coupes drastiques opérées dans leurs subventions, même si elles louent ses capacités de dialogue.

Une incapacité à incarner un projet

Mais au-delà des querelles d’hommes et des sondages, le bilan de Jean-Marc Ayrault aura été marqué par son incapacité à incarner un grand projet du quinquennat. La réforme des retraites a été réalisée a minima, tandis que l’accord sur l’emploi a été largement coordonné par Michel Sapin.

Le pacte de responsabilité, un projet sur lequel François Hollande compte énormément, lui a donc été retiré. Et l’on est toujours sans nouvelle de la fameuse "remise à plat fiscale" promise en fin d’année dernière.

Les résultats pas au rendez-vous

D’autant que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le chômage n’a quasiment jamais cessé de grimper, les impôts ont augmenté et la croissance ne décolle toujours pas. Le fait que Jean-Marc Ayrault en endosse l’entière responsabilité est malheureusement une injustice propre à la fonction de Premier ministre. D’autant que la marge de manœuvre était faible, Bruxelles ayant décidé de taper du poing sur la table au moment de sa prise de responsabilité.

Il y a des hommes qui tombent à pic: Jean-Marc Ayrault était plutôt là au mauvais endroit et au mauvais moment, jouant à la perfection son rôle de fusible. Reste à savoir si François Hollande ne s’est pas passé un peu trop vite d’un atout aussi précieux.

Yann Duvert