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Ayrault est meilleur sur la forme que sur le fond

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

J’étais hier soir sur le plateau de France 2 pour l’émission « Des paroles et des actes » avec Jean-Marc Ayrault, pour sa 1ère grande émission. Le point sur la prestation du Premier ministre.

Sa prestation a été décevante parce qu’il n’a pas dit grand-chose de précis ; mais sur le style, l’attitude générale, Jean-Marc Ayrault a marqué quelques points. On l’a présenté comme quelqu’un de lisse, de terne ; son objectif, hier soir, c’était de montrer qu’il sait se bagarrer – avec la crise comme avec ses interlocuteurs. François Hollande l’a encouragé à dissiper l’impression de flottement et de faiblesse qui s’est installée autour de lui. Donc il a insisté sur son autorité, la fermeté de ses convictions, sa capacité à commander. Il a montré qu’il avait du répondant. Mais il n’avait pas beaucoup de réponses.

A-t-on quand même appris deux ou trois choses dans cette émission ?

Deux ou trois, mais vraiment pas plus. Trois niches fiscales échapperont au plafonnement à 10 000 euros par an : celles relatives à la restauration des bâtiments classés, au financement du cinéma et aux investissements dans les Dom Tom. On sait aussi, ou plutôt on le déduit parce qu’il n’a pas voulu le dire clairement, que la CSG sera bien augmentée pour financer la future branche dépendance de la Sécurité sociale. Et que le gouvernement est décidé à légiférer pour interdire les licenciements boursiers si les partenaires sociaux ne trouvent pas d’accord – mais il n’a pas dit sous quelle forme.

Cette méthode fondée sur la concertation est l’un des points sur lesquels Jean-Marc Ayrault a le plus insisté. Est-ce cela, le style Ayrault ?

C’est l’autre partie de son message : l’attachement à la social-démocratie et au dialogue. Mais à Nantes comme au Parlement, il n’a pas la réputation d’un grand conciliateur. Au gouvernement, il veut montrer qu’il peut réunir socialistes et écologistes, partisans du oui et du non à l’Europe, Valls et Taubira, peut-être même le jour et la nuit... Mais en l’entendant tergiverser, biaiser, faire diversion sur les choix à venir sur le coût du travail, le traité européen ou le droit de vote des étrangers, on ne peut s’empêcher de se demander si la concertation n’est pas, pour Jean-Marc Ayrault, une échappatoire plutôt qu’une solution.

Il a refusé d’entrer dans le débat lancé par certains socialistes (Claude Bartolone, Elisabeth Guigou) sur l’objectif des 3% de déficit dès 2013. L’avez-vous trouvé convaincant sur ce point ?

Bien sûr que non. Tous les experts jugent irréaliste la prévision de croissance de 0,8% sur laquelle le gouvernement a fondé le budget. Quand David Pujadas le lui a fait remarquer, Jean-Marc Ayrault l’a accusé de « défaitisme ». Si les mots ont un sens, ça signifie que si l’objectif n’est pas atteint, le gouvernement aura subi une défaite. D’une façon générale, Jean-Marc Ayrault a souvent éludé les sujets délicats (la compétitivité, la cohésion du PS, l’objectif des 3%) en disant : « Je ne me pose pas cette question. » C’était sans doute une façon d’afficher sa combattivité ; mais comme ce sont des questions qui se posent bel et bien, ça exprimait plutôt une forme de déni. Au total, on attendait du 1er ministre qu’il nous explique la rigueur ; il a surtout montré de la raideur.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 28 septembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno