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Au balcon, sur les réseaux: comment partis et syndicats tentent malgré tout de mobiliser pour le 1er-Mai

Une banderole sur un balcon parisien, le 20 avril 2020.

Une banderole sur un balcon parisien, le 20 avril 2020. - JOEL SAGET / AFP

Ne pouvant pas organiser les traditionnelles manifestations du 1er-Mai en raison du confinement, partis politiques et syndicats se retrouvent contraints d'imaginer d'autres formes de mobilisation.

Pour son cru 2020, le 1er-Mai n'aura pas la même saveur. Pas de cortèges dans les rues à l'occasion de la fête du Travail. Confinement oblige, alors que le coronavirus a tué plus de 200.000 personnes dans le monde, la journée de revendications se déporte de son terrain de jeu habituel et investit des champs nouveaux: la fenêtre et les balcons ainsi que les réseaux sociaux.

Partis politiques et syndicats sont contraints de s'adapter et de se réinventer pour fêter le traditionnel 1er-Mai, qui tire ses origines dans les combats du mouvement ouvrier de la fin du XIXe siècle. 

"Ca ressemble à un 1er-Mai de guerre"

Selon Le Parisien, c'est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que les forces de gauche ne battront pas le pavé ce jour-là. A l'extrême droite, pas de défilé non plus pour le Rassemblement national mais un simple dépôt de gerbe par Marine Le Pen et Jordan Bardella devant la statue de Jeanne d'Arc située place Saint-Augustin à Paris, rapporte L'Opinion, avant une séquence numérique à 11 heures. Idem pour Jean-Marie Le Pen, qui quant à lui fleurira la statue située place des Pyramides.

"Un 1er-Mai sans Jeanne d’Arc, ce n’est pas possible", a fait valoir l'entourage du cofondateur de l'ex-Front national auprès du Parisien.

Pour l'historien français Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux, ce 1er-Mai sera "sans précédent dans l'histoire syndicale".

"Un 1er-Mai confiné, ça ressemble à un 1er-Mai de guerre, c'est la seule comparaison qui me vienne. Mais c'est la première fois que la situation sanitaire entre en jeu", analyse-t-il auprès de l'AFP.

Banderoles et hashtags

"Masqués mais pas muselés!", affiche le Parti communiste (PCF) en large sur son site internet. Pour le parti de la place du Colonel-Fabien, il n'était pas envisageable de délaisser le 1er-Mai. Les actions commencent dès ce jeudi, avec une table ronde retransmise à 17h30 en direct sur la page Facebook du PCF et le lancement d'une campagne de vente de muguet virtuel.

Vendredi, place à la "manifestation" en ligne: "Nous invitons l'ensemble des citoyen.ne.s à exprimer leurs revendications en utilisant le hashtag #MasquésPasMuselés et en affichant celles-ci sur les réseaux sociaux", exhorte le PCF, suggérant d'afficher des banderoles aux fenêtres, d'"organiser des manifestations chez vous, poster des slogans sous forme de selfies". La journée se conclura à 18 heures par une prise de parole du secrétaire national Fabien Roussel, retransmise là aussi sur Facebook.

A La France insoumise, en pointe sur les questions numériques, le 1er-Mai se réinventera sous la forme d'une manifestation numérique dès midi. La formation invite d'abord à participer à une "casserolade" en tapant sur des casseroles. L'idée est de "photographier ou filmer dans une courte vidéo votre action avant de la partager sur vos réseaux sociaux avec #PlusJamaisCa".

Santé publique et travailleurs

Sur le front syndical, la stratégie est comparable: virtuelle et confinée. Les "manifestants" pourront choisir entre "pour un monde juste, durable et solidaire" (CGT), "la santé au travail doit être un droit fondamental" (FO), "colère confinée, explosion assurée!" (Solidaires), "le service public, utile comme jamais" (FSU), résume l'AFP.

L'intersyndicale notamment composée de la CGT, FSU, Solidaires et l'Unef invite dans un communiqué à donner à cette "journée internationale de lutte des travailleuses et travailleurs un écho tout particulier dans le contexte de crise sanitaire".

"Même confiné.e.s, manifestons toutes et tous le 1er-Mai depuis chez soi, avec des pancartes, banderoles, ou en envahissant les réseaux sociaux", écrit l'intersyndicale.

A la CGT, on se tourne particulièrement vers l'après-crise. La centrale invite à se prendre en photo avec une pancarte personnalisable commençant par "le jour d'après je veux" et à partager ses revendications via #1maicgt.

Comme à son habitude, Force ouvrière (FO) lance son propre appel à se mobiliser malgré les circonstances, résume le secrétaire général Yves Veyrier auprès de l'AFP:

"On sera orphelin des manifestations, des meetings et rassemblements mais il n'était pas question qu'on confine le 1er-Mai cette année!"
Clarisse Martin