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Article 24, violences policières... Gérald Darmanin "agace" certains dans la majorité

Un article 24 de la loi sécurité globale, qu'il soutient, contesté à la tribune et dans la rue, des violences policières... Gérald Darmanin est de plus en plus critiqué au sein de l'exécutif et de la majorité.

Passé du portefeuille de l'Action et des Comptes publics au ministère régalien par excellence, l'Intérieur, Gérald Darmanin est l'un des hommes forts du gouvernement depuis le début du quinquenant. Sa marche en avant patine désormais très sérieusement, à en juger par les éléments recueillis par BFMTV auprès de l'exécutif comme de parlementaires.

Un contexte troublé

L'article 24 de la loi sécurité globale, qui vise à pénaliser la diffusion "malveillante" d'images de policiers et qu'il soutient, est vivement contesté par l'opposition de gauche et suscite de nombreuses manifestations. De surcroît, lundi soir, une intervention des forces de l'ordre afin d'évacuer un camp de migrants installé Place de la République à Paris a dégénéré en diverses violences.

Jeudi, la publication par le site Loopsider d'images de coups portés par des policiers à l'encontre d'un producteur parisien - celui-ci dénonçant une agression gratuite et d'une rare violence, les agents assurant quant à eux qu'il avait tenté de prendre leur arme et s'être sentis menaçés - a encore troublé la perception de la police dans l'opinion. Tous ces événements, survenus sous la garde de Gérald Darmanin, dégradent la cote du ministre de l'Intérieur en haut lieu.

"Icare"

"Il commence à en agacer pas mal au sein du gouvernement. Il y a désormais un sujet Darmanin", nous confie d'abord un ministre. Une source ministérielle abonde: "Il nous embarque tous dans cette succession de séquences catastrophiques". Pour ce membre de l'exécutif, il s'agit moins d'un problème de circonstances que de positionnement politique: "Il est clairement trop à droite, il n'est pas dans l'ADN d'En Marche".

Gérald Darmanin a pris l'habitude d'avoir le verbe haut dans les médias. Il y a quelques mois, il avait occupé l'espace médiatique en parlant d'"ensauvagement" de la société. Un conseiller ministériel a d'ailleurs choisi de revenir sur la sémantique forgée par Gérald Darmanin, et le calcul politique dont il ressort:

"Darmanin, ce n'est pas un perdreau, il fait tout ça de manière très tactique, il rejoue l'ensauvagement, l'élite parisienne contre le peuple. Ce n'est pas nouveau, c'est dangereux. Il utilise Twitter comme Trump". Un pilier de la majorité pronostique que Gérald Darmanin s'y perdra: "C'est Icare. À s'approcher très près du soleil il est en train de se brûler les ailes".

"Macron le craint"

Il y a cependant un grand personnage de l'État qui n'a pas lâché Gérald Darmanin. Et, heureusement pour ce dernier, il s'agit du premier d'entre eux. Selon nos informations, Emmanuel Macron estime avoir besoin de l'avoir avec lui dans la perspective de sa réélection, afin de consolider son socle électoral.

"Il a conscience qu’il fait peur au président. Macron le craint. Car il constitue une menace potentielle s’il s’alliait à Xavier Bertrand en 2022. Et le président a besoin de cette ligne bien identifiée à droite", nous glisse même un ministre.

Pourtant, d'après un proche du président de la République, ce dernier a appelé Gérald Darmanin ce jeudi pour "mettre les points sur les i".

Castex jugé trop "faible"

Plusieurs de nos interlocuteurs pointent en tout cas l'apparition d'un sentiment d'impunité chez Gérald Darmanin. Un sentiment que ni Jean Castex, ni Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté dependant de la Place Beauvau, ne seraient capables d'endiguer et encore moins de corriger.

"Quand vous avez un Premier ministre faible, les grandes gueules font ce qu’elles veulent. Il suffit de voir les passes d’armes entre Darmanin et Dupond-Moretti", note ainsi un député au sujet du premier, tandis qu'un conseiller ministériel accable la seconde: "Je ne comprends pas que Schiappa ne rééquilibre pas la situation. Elle ne fait pas du tout le job".

Jeudi soir, la Commission des Lois de l'Assemblée nationale a de plus annoncé qu'elle entendrait Gérald Darmanin au sujet des violences policières lundi à 18h15. La semaine prochaine ne s'avance donc pas sous de meilleurs auspices pour le ministre de l'Intérieur.

Le service politique de BFMTV