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Après le bourbier afghan, les sables mouvants au Mali ?

Véronique Jacquier

Véronique Jacquier - -

Un 3e soldat français tué au Mali, 2 chefs djihadistes, Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, donnés pour morts. Incontestablement, nous sommes à un tournant de l'opération Serval au Mali. Mais attention, après le bourbier afghan, il ne faudrait pas que le Mali se transforme pour François Hollande en sables mouvants...

François Hollande a été prompt à faire quitter l'Afghanistan aux troupes françaises, mais au Mali, c'est une partie bien plus difficile qui se joue. Samedi, mort d'un troisième soldat. Malheureusement, c'est la guerre et c'est ainsi. Mais le décès du caporal met en lumière l'extrême violence des combats dans les massifs du nord Mali. Et surtout avec les morts annoncées des deux chefs djihadistes. Le danger qui pèse sur nos otages ! Quatre se trouveraient dans la zone où Français et Maliens traquent l'ennemi. Les autres risquent des représailles si les morts d'Abou Zeid et de Belmokhtar étaient confirmées par leurs frères d'armes. Jamais le terrain n'a été politiquement aussi dangereux pour François Hollande, président de la République et chef des armées. Pour l'instant, il a choisi le silence et le flou. Une stratégie qui lui a toujours réussi... jusqu'à présent.

Le gouvernement a-t-il tort d’être prudent ?

Au contraire, la discrétion est indispensable pour la protection de nos otages. Le flou est savamment entretenu au sujet de la mort des deux chefs djihadistes pour ne pas provoquer de représailles. Dimanche, pas d'exposition médiatique pour Jean-Yves Le Drian [ministre de la Défense] et Laurent Fabius [ministre des Affaires Etrangères]. Le seul mode de communication utilisé par le ministre de la Défense a été un tweet. C'est à la mode, le tweet, mais c'est curieux et inélégant comme procédé. Ensuite, dans la soirée, Jean-Yves Le Drian a appelé à la prudence au sujet de la mort des deux chefs djihadistes... Et c'est tout ! Extrême prudence donc pour évoquer la guerre au Mali. Mais les familles des otages sont inquiètes. Sur RMC ce lundi matin, le père de l'un des otages a demandé une pause dans le conflit pour reprendre le dialogue. C'est une position difficile à tenir pour le gouvernement. Depuis son entrée en fonction, François Hollande a clairement exprimé son refus de céder à tout chantage avec les ravisseurs. Nicolas Sarkozy avait une autre méthode : il agissait au gré des circonstances.

François Hollande est-il pris dans un piège ?

Le terrain est glissant, des sables mouvants. En lançant l'opération contre les djihadistes, le gouvernement a voulu sauver Bamako. La cote de popularité de François Hollande est d'ailleurs remontée dans les sondages. Mais attention au renversement de l'opinion si on touche à un seul cheveu des otages. Et puis il y a plus inquiétant : il n'y a pas de feuille de route pour évoquer une fin du conflit. Or, nous devons regarder la réalité en face, la mission de l'armée française s'inscrit dans la durée pour sécuriser l'Etat malien. François Hollande n'a pas l'intention de vouloir rester très longtemps au Mali, mais s'il part trop tôt, il bâcle la phase politique de reconstruction de l'Etat et de l'armée malienne. Et de nouveaux foyers de djihadistes naîtront. Patience et détermination sont donc les seules armes pour ne pas ruiner tous les efforts accomplis jusqu'ici. Surtout quand il en va de la vie des otages...

Véronique Jacquier