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Affaire Cahuzac: les questions encore en suspens

Jérôme Cahuzac lors de son interview exclusive sur BFMTV, le 16 avril 2013

Jérôme Cahuzac lors de son interview exclusive sur BFMTV, le 16 avril 2013 - -

Après son interview-confession sur BFMTV mardi soir, Jérôme Cahuzac n’a convaincu qu’une partie de la classe politique. L’opposition estime notamment que toutes les réponses n’ont pas été apportées. On fait le point.

Trente minutes durant, Jérôme Cahuzac est revenu sur l’affaire de son compte en Suisse, premier scandale politique de l’ère Hollande. Une interview-fleuve, mardi soir sur BFMTV, au cours de laquelle l’ancien ministre du Budget a abordé les aspects politiques et judiciaires de l'affaire, pour laquelle il a été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale". Mais Jérôme Cahuzac n’a convaincu qu’une partie de la classe politique. L’opposition estime notamment que toutes les réponses n’ont pas été apportées. Le point sur les questions encore en suspens.

> Que savait l'exécutif?

C’est l’une des clés de cette affaire. Le président François Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et le ministre de l’Economie (et supérieur hiérarchique de Jérôme Cahuzac) Pierre Moscovici étaient-ils au courant de l’existence de ce compte en Suisse non déclaré? Et à partir de quand? Depuis l’éclatement de l’affaire, les trois hommes soutiennent avoir été trompés par l’ancien ministre du Budget mais réfutent avoir eu connaissance, y compris par un autre biais, de ce compte.

Mardi soir, Jérôme Cahuzac n’a pas été en mesure de clarifier ce point. "A François Hollande, comme au Premier ministre, comme à Pierre Moscovici, je n'ai pas dit la vérité", s'est-il borné à dire, affirmant "ignorer" le degré de connaissance du chef d’Etat dans cette affaire. "Je peux vous dire que le président de la République n'avait pas d'information", a riposté Jean-Marc Ayrault mercredi matin sur France Inter. Pas de quoi dissiper les doutes de l’opposition toutefois. "Je vois un Premier ministre et un ministre des Finances qui se refilent le mistigri et n'assument pas leurs responsabilités. Je veux savoir qui savait quoi et quand", a fustigé pour sa part Bruno Le Maire sur BFMTV, mercredi matin, rejoignant ainsi les critiques déjà formulées la veille par le président de l’UMP, Jean-François Copé.

La commission des Finances auditionnera d’ailleurs Pierre Moscovici à partir de 16h15 justement au sujet de l’affaire Cahuzac.

>Jérôme Cahuzac va-t-il renoncer à ses indemnités de ministre?

A cette question, Jérôme Cahuzac a préféré répondre par une pirouette. En tant qu’ancien ministre, Jérôme Cahuzac peut prétendre à de coquettes indemnités. Un droit auquel Jean-Marc Ayrault lui a publiquement demandé de renoncer. Mardi soir, Jérôme Cahuzac a indiqué qu'il s'agissait là d'un problème "juridique" et qu'il avait "confié à son avocat le soin de régler cette question juridique". Aucune réponse claire sur ce point, donc. Mais ce droit, qui permet aux anciens ministres de percevoir des indemnités pendant six mois après leur départ du gouvernement, devrait être rééxaminée dans le projet de loi sur la moralisation de la vie politique, présenté le 24 avril prochain, a annoncé le gouvernement mercredi.

> Quelle somme a été placée sur le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac?

De 600.000 euros à 15 millions selon les médias suisses, divers chiffres ont circulé sur l’argent placé par Jérôme Cahuzac sur ce compte. "600.000 oui, le reste, non", a-t-il affirmé mardi soir. Un point que devra éclaircir l'enquête de la Division nationale des investigations financières et fiscales, ouverte le 8 janvier dernier par le parquet de Paris. Celle-ci n’a encore permis de confirmer les déclarations de l’ancien ministre.

> Des conflits d'intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques?

Derrière le délit du compte en Suisse non déclaré de Jérôme Cahuzac se pose également la question de l’origine de l’argent qui y a été déposé. A ce sujet, l’ancien ministre a assuré qu’il s’agissait d’argent dû "à son travail", reconnaissant notamment avoir travaillé avec des "entreprises de santé" mais en se défendant de tout conflit d’intérêts avec les laboratoires, alors que la presse française en a listés cinq.

"Il n'y avait pas de relations troubles, a-t-il assuré. Quand j'étais au cabinet de Claude Evin (de 1988 à 1991, ndlr), j'ai fait mon travail le plus honnêtement possible. Après la chute du gouvernement Rocard, j'ai eu une activité légale auprès d'entreprises de santé et notamment de laboratoires pharmaceutiques", a expliqué Jérôme Cahuzac mardi soir. Une expérience de conseiller politique qui nourrit son carnet d’adresses et lui permet d’entamer une nouvelle vie de conseiller, auprès des industries pharmaceutiques cette fois, révèle Le Parisien en décembre dernier. Sans mélange des genres pour autant assure Jérôme Cahuzac. "Je suis élu (député, ndlr) en 1997. A partir de cette date, je n'accepte plus aucune mission, et à partir de 1998, la société de conseil que j'avais créée (en 1993, ndlr) ne réalise plus à l'époque un franc de chiffre d'affaires. C’est très facile à vérifier."

Sandrine Cochard