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A Pékin, mieux vaudrait un président VIP qu’un président VRP

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

François Hollande achève aujourd’hui sa visite express en Chine. Comme souvent, les droits de l’homme sont passés au second plan derrière les objectifs économiques. Dommage.

La Chine était pour François Hollande une terre inconnue. Maintenant, c’est un terrain de plus sur lequel il va décevoir son électorat. C’est à gauche qu’on va le plus lui reprocher sa prudence à Pékin sur les Droits de l’Homme. C’est peu dire qu’il s’est montré plus précis sur les enjeux économiques que sur la façon dont il a parlé du Tibet et des prisonniers politiques. Quelques périphrases mais pas de noms dans sa conférence de presse. Tout cela respirait l’embarras. En marge de la visite, il a juste répondu : « Ça fait partie du dialogue que nous avons. » On ne sait pas si c’est un dialogue de sourds… ou de muets.

Est-ce qu’un chef d’Etat occidental peut en faire plus quand il vient en Chine négocier des contrats pour les entreprises de son pays ?

Il faut croire que oui puisqu’Angela Merkel y arrive. La chancelière a plusieurs fois exprimé son désaccord avec la politique chinoise au Tibet ; ça n’a pas empêché l’Allemagne de progresser sur le marché chinois (plus de 5% actuellement). François Hollande, lui, a choisi une position différente – et surtout déférente. De fait, il a été reçu en VRP plutôt qu’en VIP. Il a vanté les atouts de la charcuterie tricolore mais le service d’ordre chinois l’a interrompu quand il discutait avec des journalistes hors programme. Il a souri mais c’était vexant de voir le président français traité en simple visiteur – presque un « pékin » moyen…

Vous diriez qu’il y avait une volonté d’humilier la France à travers le traitement réservé à François Hollande ?

Il y avait sans aucun doute un avertissement. Les archivistes chinois ont forcément gardé la trace de ses critiques, en 2004, quand l’ex-président chinois Hu Jintao était venu devant l’Assemblée – il avait signé une lettre avec Jean-Marc Ayrault. En 2009, Bertrand Delanoë a donné au Dalaï Lama le titre de citoyen d’honneur de Paris – la Chine l’a pris comme une provocation. Pendant la campagne, François Hollande avait envoyé Laurent Fabius prendre des contacts à Pékin: il a été si mal traité qu’il a dû écourter sa visite… D’où le recours au plus sinophile des politiques français, Jean-Pierre Raffarin, pour lui servir de démineur. Avec lui, il est clair que François Hollande ne venait pas en Chine pour porter des coups mais pour donner des gages.

Est-ce qu’on peut dresser un bilan – politique et économique – d’une visite aussi courte ?

Comme à chaque déplacement de ce type, des « lettres d’intention » ont été annoncées – pour des commandes d’avion, d’équipements nucléaires ou la construction d’une usine automobile. C’est de la pure mise en scène puisque tout est négocié avant la visite. Comme le calendrier a obligé François Hollande à commenter de Pékin le record du chômage en France, c’est un voyage qui n’aura pas été marquant par les mots mais qui aura été marqué par ce chiffre.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 26 avril.

Hervé Gattegno