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18-Juin: comment Macron tente de s'inscrire dans les pas du général de Gaulle

Le chef de l'État célèbre ce jeudi le 80e anniversaire de l'appel du 18 juin 1940 depuis Londres. Il remettra la Légion d'honneur à la capitale britannique, qui deviendra la septième ville à se voir remettre cet insigne.

Ce sont des petits cailloux semés depuis 2017 qui commencent à tracer un chemin. Emmanuel Macron multiplie les références plus ou moins évidentes au général de Gaulle. En cette année jalonnée de commémorations liées au haut-gradé, avec le 130e anniversaire de sa naissance et le 50e de sa mort, Emmanuel Macron se rendra à Londres jeudi pour célébrer le 80e anniversaire de l'appel du 18 juin 1940, passé par le fondateur de la Ve République depuis les studios de la BBC, comme Sarkozy en 2010. Cette visite constituera au passage le premier déplacement à l'étranger du chef de l'État depuis le sommet italo-français à Naples le 27 février dernier, crise sanitaire oblige.

Avant son élection déjà, Emmanuel Macron avait invoqué la figure de Charles de Gaulle en reprenant l'antienne "je vous ai compris" du général, historiquement prononcée pendant la guerre d'Algérie. Macron, alors en campagne pour l'Élysée, avait repris ces mots après avoir déclenché une polémique en assimilant la colonisation à un crime contre l'humanité. En juin 2017, le Président fraîchement élu se pliait à la traditionnelle photographie officielle: debout, adossé à son bureau sur lequel étaient posés plusieurs livres, et notamment les Mémoires de guerre du général de Gaulle.

Disputes pour l'héritage gaullien

"Ce n'est pas a priori sa famille politique, si on considère qu'il vient plutôt de la gauche", ayant appartenu à un gouvernement de gauche, analyse l'historien Jean Garrigues auprès de BFMTV.com. "La famille politique qui historiquement peut se réclamer de de Gaulle, ce serait plutôt Les Républicains (LR)", ajoute le spécialiste d'histoire politique, qui note toutefois "un phénomène global et récurrent chez les présidents de la République: ils essaient de se faire reconnaître par des références à l'Histoire quand ils ont du mal à fédérer".
"Aujourd'hui, la quasi totalité (de la classe politique, NDLR) se réclame d'une partie du général de Gaulle, même Marine Le Pen, ce qui est assez surprenant au vu de l'histoire du parti", note Jean Garrigues. Cette dernière avait d'ailleurs prévu de se rendre jeudi sur l'île de Sein, dans le Finistère, dans le cadre des commémorations de l'appel du 18 juin. Elle a finalement anticipé sa venue, ce mercredi, et a été accueillie par des huées et des sifflets. 

Des références "cosmétiques"

En octobre 2018, Emmanuel Macron s'était rendu à Colombey-les-Deux-Églises, dans le fief gaulliste où repose l'intéressé, à l'occasion des 60 ans de la Constitution de la Ve République. Quelques semaines auparavant, il avait ajouté la Croix de Lorraine, connue pour être l'emblème de Charles de Gaulle, à celui de l'Élysée. "Si ça transcende les présidents (à venir, NDLR), Macron aura eu raison", approuve le député LR des Vosges Stéphane Viry, président de l'amicale des députés et anciens députés gaullistes.

Mais globalement pour ce dernier, les références de Macron à de Gaulle sont "de la cosmétique", explique-t-il à BFMTV.com.

"Le président Macron est aux antipodes de la pratique gaulliste qui a été de rassembler le peuple. (...) Il peut effectivement tenter d'utiliser un certain nombre de symboles, mais sur le fond ça ne fonctionne pas. La France est fracturée de toutes parts", estime le parlementaire.

Un "tropisme gaullien particulier chez Macron"

Jean Garrigues voit toutefois un point de convergence entre Macron et de Gaulle, daté du début de son quinquennat, où il a redonné "de la solennité, ce qui a été plutôt apprécié mais s'est retourné contre lui puisqu'il a été ensuite considéré comme un président des élites", avec notamment l'éclosion du mouvement des gilets jaunes à l'automne 2018.

"Le positionnement politique de Macron est à droite et à gauche", relève également l'historien. "De Gaulle s'est toujours présenté comme le rassemblement de tous les Français", ajoute-t-il, pointant un "tropisme gaullien particulier chez Macron", même si ce dernier "a un goût particulier" pour les commémorations, citant l'exemple de Clemenceau, que Macron avait évoqué en mars en annonçant le confinement de la population. 
"Ils ont des droits sur nous", avait-il dit à propos des soignants. Des mots que "le Tigre" avait employés en 1917 au sujet des Poilus de la Première Guerre mondiale. "Mais il est vrai que Georges Clemenceau était lui-même une référence pour de Gaulle", pointe Jean Garrigues. L'allocution de Macron en question a été prononcée depuis son bureau élyséen, où trône un petit cadre, visible dans le champ de la caméra, comportant un portrait du général de Gaulle en bronze, offert peu après son élection par Jacques Chirac. 

Macron, "homme providentiel"?

Dans le cadre de cette "année de Gaulle", telle que l'a baptisée le Château, Emmanuel Macron s'est rendu dans l'Aisne le 17 mai à l'occasion de la cérémonie anniversaire de la bataille de Montcornet, en 1940. Le chef de l'État a salué l'action de son lointain prédécesseur qui y avait combattu en tant que colonel. En novembre prochain, il se rendra de nouveau à Colombey-les-Deux-Églises pour le 50e anniversaire de la disparition du général. 

Macron se rêverait-il en "homme providentiel" tel qu'a été considéré de Gaulle lors de la Seconde Guerre mondiale? Pour Jean Garrigues, auteur de l'ouvrage Les Hommes providentiels (Seuil, 2012), "la période de crise que nous connaissons est propre à faire surgir ce type de recours", mais l'historien estime qu'après trois ans à l'Élysée, "c'est beaucoup plus difficile de faire passer cette image". "Macron pouvait tenter cela en 2017", acquiesce Stéphane Viry. En attendant, tranche Jean Garrigues, "ce n'est pas parce qu'il va faire référence à de Gaulle que les Français vont le prendre pour un nouveau de Gaulle".

Clarisse Martin