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Une cellule, "force d'initiative", lancée pour lutter contre les suicides dans la police

La cellule de prévention des suicides dans la police a été installée ce lundi matin.

La cellule de prévention des suicides dans la police a été installée ce lundi matin. - BFMTV

Les contours de la cellule "alerte-prévention-suicide" ont été définis ce lundi matin lors de l'installation de ses membres par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

"Il faut briser la peur, la honte, le silence." Ce lundi matin, le ministre de l'Intérieur a installé la cellule "alerte-prévention-suicide" alors que depuis le début de l'année, 28 policiers, 2 gendarmes et 2 pompiers, ont mis fin à leurs jours. Pour endiguer le phénomène, Christophe Castaner avait annoncé mi-avril la création de cette structure composée, entre autres, de Noémie Angel, sous-directrice de la prévention, de l’accompagnement et du soutien à la Direction des ressources et des compétences de la police national et du professeur Jean-Louis Terra, psychiatre.

"Ce que je ne veux plus entendre, c'est 'ce n'est pas la faute du service, c'est personnel'", a lancé le ministre de l'Intérieur comme ligne de conduite à suivre, qui souhaite que cette cellule puisse donner des indications, des éléments sur le suicide au sein de la profession alors qu'aucune étude n'existe.

Ligne d'appel

Sans remettre en cause l'efficacité des dispositifs déjà en place, l'accent de la cellule, qualifié de point d'accélération, est d'agir dans un premier temps sur l'urgence. Une ligne d'appel, ouverte 24h/24, va être ouverte fin juin afin de mettre en relation les policiers en souffrance avec des professionnels de l'écoute de façon immédiate.

"Il y a une urgence à donner un peu plus de chance à des policiers en souffrance, a insisté le professeur Terra. Il faut un message rugueux, râpeux, fort. Il faut s'abaisser, avoir une part de dialogue." La cellule va devoir être force d'initiative, "une interface, une vigie, un interlocuteur de confiance."

L'urgence va être mise sur la sensibilisation des chefs de service. Un mémento pratique sur la prévention va être distribué dans les prochains mois aux encadrants. "Il faut des mesures à articuler sur l'ensemble de la journée", poursuit le psychiatre. Destigmatiser la souffrance, briser le tabou, la cellule veut multiplier les espaces de dialogue en cherchant de l'aide en dehors de l'institution, et notamment regarder ce qui se fait à l'étranger mais aussi dans le privé. A cela, s'ajoute une volonté de mieux suivre les policiers qui ont tenté de mettre fin à leur jour. Une expérimentation sera lancée dans le Nord d'ici l'été.

Destigmatiser la souffrance

En France, le Service de soutien psychologique opérationnel (SSPO) a été crée en 1996 offrant une écoute individuelle ou des groupes de parole. 20 ans plus tard, 8700 agents avaient poussé la porte de l'un des 89 psychologues de ce service. Afin de libérer la parole des policiers, soumis quotidiennement à la violence et à la souffrance, une campagne de communication, basée sur le slogan "Etre fort, c'est demander de l'aide", va également être lancée.

"On ne s'attend pas à des miracles avec cette cellule, réagit auprès de BFMTV un représentant du collectif Mobilisation des policiers en colère. Le numéro vert peut être bénéfique. Si ça permet à un ou deux collègues de ne pas faire ce choix, tant mieux. Mais il faudrait régler les problèmes de base." Changement du cycle horaire, modernisation des équipements, anonymisation des procédures... Les revendications des policiers sont nombreuses. Les syndicats de policiers seront reçus au ministère de l'Intérieur dans les prochains jours afin de travailler en lien avec les membres de la cellule pour lutter contre les suicides dans la profession. 

Justine Chevalier