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Trafics de drogue: l'inquiétant phénomène des règlements de comptes en Ile-de-France

Avec six fusillades en moins d'un mois, le phénomène des règlements de comptes sur fond de trafic de stupéfiants progresse en Ile-de-France.

A Asnières, Aubervilliers ou encore à L'Haÿ-les-Roses, ces derniers jours plusieurs fusillades ont éclaté sur fond de trafic de drogue en région francilienne. Selon notre décompte, six de ces règlements de comptes liés à la drogue ont eu lieu depuis le 22 août. Depuis le début de l'année, le chiffre grimpe à 11 règlements de comptes qui ont fait 7 morts et 7 blessés.

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fusillades © BFM Paris
"Le trafic de stupéfiant est propice à toutes les embrouilles possibles, c'est-à-dire, je vole votre marchandise, je ne la paye pas, je veux prendre un point de deal pendant qu'un type est en taule. Et quand il sort de prison il veut le récupérer, là-dessus il y a des vendettas, des vengeances. Ca peut être des règlements de comptes pour des broutilles, pour quelques kilos de stupéfiants, pas forcément pour des sommes délirantes", explique Jérôme Pierrat, journaliste spécialiste du grand banditisme. 

Si les règlements de comptes ont toujours existé dans le milieu du banditisme, les différends se régleraient aujourd'hui de manière plus brutale qu'il y a vingt ans. 

"On ne tuait pas aussi facilement. Aujourd'hui directement c'est du [calibre] 7,62 dans la tête. A Paris, et plus généralement en grande banlieue, il y a quasiment autant de règlements de comptes, en tout cas cette année, qu'à Marseille, avec une dizaine de types qui sont tombés depuis le mois de janvier", poursuit Jérôme Pierrat. 

Des armes plus faciles d'accès

En cause notamment, la plus grande facilité d'accès aux armes. Aujourd'hui, les dealers ont peu de difficultés pour trouver un pistolet ou une kalachnikov. 

"Le marché noir a toujours existé. Mais avant c'était des gazeuses ou des répliques d'airsoft, des pistolets factices. Aujourd'hui, ils ont des vraies armes", souligne un policier de la Bac anonymement. 

Autre particularité des règlements de comptes actuels: la jeunesse des individus impliqués. "Il y a toujours eu des histoires de règlements de comptes mais plutôt chez les grands frères. Là il se passe la même chose chez les jeunes, c'est vraiment une nouveauté. Ceux qui tiennent les points de deal, ce sont les 16-21 ans maintenant", précise le policier. 

La principale difficulté pour les forces de l'ordre est d'anticiper ces passages à l'acte. Pour les syndicats de police, les moyens ne sont pas assez nombreux. 

"Nous demandons régulièrement des renforts d'effectifs. Ca ne peut pas arriver évidemment d'un simple coup de baguette magique puisqu'il y a des formations, des collègues qui doivent aller en école de police. Evidemment, les délinquants en profitent pour s'ancrer dans leur territoire et ça ne plaît pas forcément aux autres bandes qui essaient de récupérer le terrain", souligne Josias Claude, secrétaire départemental adjoint Unité-SGP-Police. 

"On aura certainement d'autres faits similaires dans la région parisienne", prévient-il encore. 

Raphaël Maillochon, Simon Azélie, Julie Pierret avec Carole Blanchard