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Saint-Etienne-du-Rouvray: complicités, profil des tueurs... Ce que révèle l'enquête

Presque une semaine après la mort du père Jacques Hamel, assassiné dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, le cousin d'un des deux assaillants, au courant d'un projet d'attentat, a été mis en examen. Le point sur l'enquête.

Près d'une semaine après le meurtre du prêtre Jacques Hamel, égorgé mardi dernier dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, l'enquête avance.

Deux personnes ont été mises en examen ce dimanche soir: le cousin d'Abdel Malik Petitjean, l'un des deux assaillants, qui aurait été au courant d'un projet d'attentat, et un homme, fiché S, qui avait tenté de rejoindre la Syrie en juin avec le même terroriste. Les enquêteurs ont pu déterminer que les deux tueurs s'étaient rencontrés sur Internet, par l'application Telegram, quelques jours seulement avant l'attaque. Ils cherchent désormais à identifier d'éventuelles autres complicités. Tour d'horizon des éléments mis au jour par l'enquête.

Le cousin d'Abdel Malik Petitjean mis en examen

Au moins un membre de la famille d'Abdel Malik Petitjean, l'un des deux assassins du père Jacques Hamel, était au courant du projet macabre du terroriste. Un cousin de Petitjean a été mis en examen à l'issue de sa garde à vue et placé en détention provisoire dimanche. Farid K., 30, originaire de Nancy, "avait parfaitement connaissance, si ce n'est du lieu et du jour précis, de l'imminence d'un projet d'action violente de son cousin", a indiqué le parquet de Paris, qui a ouvert une information judiciaire ce même jour. Il est mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle". 

"L'exploitation de son téléphone et de son ordinateur a révélé qu'il en savait bien plus que ce qu'il a voulu dire aux enquêteurs", selon la même source.

Un proche de Petitjean mis en examen pour avoir tenté de partir en Syrie avec lui

Une deuxième personne a été interpellée et mise en examen dimanche, mais dans le cadre d'une enquête distincte de celle de l'attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray: il s'agit de Jean-Philippe Steven J., un Français de 20 ans signalé pour radicalisation. Le 10 juin, il s'était rendu en Turquie avec Petitjean, avant d'être refoulé dès le lendemain à cause de sa fiche S. Le terroriste, qui n'était pas à l'époque signalé pour radicalisation, était aussi rentré en France. Pour avoir voulu rejoindre la Syrie avec Petitjean, il est accusé d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Jean-Philippe Steven J. avait été placé en garde à vue le 27 juillet sur commission rogatoire d'un juge d'instruction antiterroriste, a précisé le parquet à BFMTV. Il a sollicité un débat différé devant le juge des libertés et de la détention et dans l'attente a été incarcéré provisoirement. 

Deux gardes à vue levées

  • Un mineur de 16 ans, mis en garde à vue la semaine dernière, ne sera pas poursuivi dans le cadre des investigations sur la prise d'otage et le meurtre du père Hamel. Il n'en a toutefois pas fini avec la justice, car des documents de propagande jihadiste ont été retrouvés dans son téléphone et son ordinateur, d'après les informations de BFMTV.

La garde à vue d'un demandeur d'asile syrien, interpellé dans l'Allier, a aussi été levée dimanche. Il avait été interpellé jeudi dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile et mis en garde à vue le lendemain, alors que la photocopie d'un passeport syrien avait été retrouvée au domicile d'Adel Kermiche, l'un des deux assaillants de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Deux autres personnes intéressent les enquêteurs

Deux autres personnes sont dans la ligne de mire des enquêteurs. Un mineur de 17 ans, qui avait lui tenté de partir en Syrie avec Adel Kermiche, avant l'attentat du 26 juillet. Arrêté à Genève lors d'une deuxième tentative, il a été remis à la France et mis en examen puis écroué. Son implication dans l'attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray n'est pas prouvée. 

Adel Bouaoun, originaire de cette ville de la banlieue de Rouen, tout comme Adel Kermiche, a été son compagnon de radicalisation. Il est parti en 2015 gonfler les rangs de Daesh en Syrie. Il est le frère du mineur de 16 ans dont la garde à vue a été levée. Les enquêteurs cherchent à savoir s'il est impliqué dans l'attentat.

Les deux terroristes s'étaient connus il y a peu sur les réseaux sociaux

Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean vivaient à 700 kilomètres de distance et s'étaient connus quelques jours seulement avant de passer à l'acte. C'est grâce à l'application Telegram, une messagerie cryptée appréciée des jihadistes en particulier, qu'ils avaient fait connaissance. 

Petitjean s'était rendu le 23 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, et le signal de son téléphone a été retrouvé dans la commune jusqu'au 26, le jour de l'attaque, notamment autour du domicile de Kermiche.

Rien ne dit pour le moment si quelqu'un les a mis en contact, ni s'ils ont reçu des ordres par le biais de cette application. Les enquêteurs s'attachent à étudier les messages que les deux terroristes de 19 ans ont envoyé sur Telegram, une tâche d'autant plus compliquée qu'ils étaient tous deux en lien avec de nombreuses personnes sur le réseau social, explique une source proche du dossier. 

La photo de Petitjean diffusée le 22 juillet

Habitué de Telegram, Kermiche y avait posté une vidéo où il prêtait allégeance à Daesh courant juillet, et évoquait un projet d'attentat contre la France. Usager de l'application lui aussi, Petitjean y avait décrit le mode opératoire de l'attaque du 26 juillet avant qu'elle ait lieu. Deux jours avant la prise d'otages, la vidéo de Kermiche avait été retrouvée dans le téléphone d'un nommé Omar C., âgé de 19 ans aussi, mis en examen et écroué dans une autre enquête.

L'unité de coordination de la lutte antiterroriste, qui soupçonnait Petitjean de préparer un attentat, avait diffusé sa photo le 22 juillet à plusieurs services de police et de gendarmerie.

Charlie Vandekerkhove avec AFP