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"Nemmouche a eu une démarche beaucoup plus professionnelle que Merah"

Mehdi Nemmouche, le suspect de la tuerie de Bruxelles qui a fait trois morts le 24 mai 2014.

Mehdi Nemmouche, le suspect de la tuerie de Bruxelles qui a fait trois morts le 24 mai 2014. - -

Avec la tuerie du Musée juif de Bruxelles, où trois personnes sont mortes, la menace d'attentats perpétrés par des jihadistes de retour de Syrie semble avoir franchi une nouvelle étape. Faut-il s'inquiéter? Interview de Louis Caprioli.

Lutter contre les filières de jihadistes dont la Syrie est depuis quelques années l'un des principaux pourvoyeurs. C'est tout le problème que pose le cas de Mehdi Nemmouche, dont plusieurs indices laissent penser qu'il est l'auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles du 24 mai dernier.

François Hollande et Bernard Cazeneuve ont réaffirmé leur détermination à "combattre" et à traquer "sans trêve" les terroristes. Mais cette menace terroriste qui pèse sur la France et sur l'Europe a-t-elle franchi une nouvelle étape? Eléments de réponse avec Louis Caprioli, conseiller du groupe Geos et ancien responsable de la lutte antiterroriste à la DST.

> Le cas Mehdi Nemmouche est-il le signe que la menace terroriste s'est accrue en France?

Oui, avec les réseaux jihadistes syriens, la menace terroriste atteint une nouvelle dimension. On parle aujourd'hui de plusieurs centaines de personnes, peut-être 700, 800 ou 1.000 en France et des milliers en Europe. Le nombre d'étrangers qui combattent en Syrie est estimé à presque 15.000. Quantitativement, cela engendre sans conteste un degré de menace supplémentaire.

Deux organisations sont particulièrement à surveiller: Zabad al-Nosra, qui a fait allégeance à al-Qaïda, et une autre encore plus dangereuse, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui officie également en Syrie.

> En quoi EEIL est-elle dangereuse?

Cette organisation est constituée des héritiers de ceux qui étaient en Irak dans les années 2004, 2005, 2006 et qui ont formé les Français (NDLR: une bannière de l'EIIL a d'ailleurs été retrouvée dans les affaires de Mehdi Nemmouche).

Leur leader Abou Moussab Al-Zarqaoui (NDLR: tué lors d'un raid aérien en juin 2006) avait initié une nouvelle stratégie qui consistait à renvoyer les Français dans leur pays pour commettre des attentats. La stratégie n'est donc plus de conserver des terroristes pour mener des opérations en Irak et en Syrie, mais vraisemblablement de former les gens puis de les exporter pour qu'il frappe leur propre pays.

> Le parallèle avec le cas Mohamed Merah, autre "loup solitaire", vous semble-t-il pertinent?

Il y a des similitudes dans le mode opératoire de Mohamed Merah, car on est en présence d'un individu qui va frapper tout seul. En revanche, dans son comportement on s'interroge. Au-delà de sa radicalisation en Syrie, Mehdi Nemmouche a pris la précaution de partir en Belgique, puis de passer par Londres et Istanbul avant d'entrer enfin en Syrie. Un parcours hâché sans doute pour ne pas laisser de traces, même si tous les cachets sont présents sur son passeport.

Il y a un point très intéressant dans le parcours de Mehdi Nemmouche. A son départ d'Istanbul et de Syrie, il ne revient pas tout de suite en Europe mais effectue un séjour en Asie du Sud-Est. Or, c'est un 'traîne patins', c'est un homme qui a fait des braquages à 800 euros, qui a fait de la prison et est censé ne pas avoir d'argent. Alors pourquoi est-il allé se payer quelques semaines dans des pays comme l'Indonésie, la Malaisie, Singapour? A moins qu'il n'ait été chargé de missions...

Et quand il finit par revenir en Europe, il fait preuve de beaucoup de prudence en passant par l'Allemagne. Il est contrôlé dans ce pays en mars et après ça, il disparaît à nouveau du paysage pour réapparaître comme on le sait en Belgique.

Mohamed Merah, au-delà des premières similitudes, n'a pas du tout le même parcours. Il est resté quelques jours dans un endroit qu'on a connu a posteriori, au Pakistan et aussi en Syrie, mais il n'a jamais combattu. Mehdi Nemmouche a une démarche beaucoup plus professionnelle, même s'il se fait bêtement attraper à Marseille.

> Certains ont dénoncé, comme pour l'affaire Merah, des failles dans la détection du cas Nemmouche?

La première faille, à mon avis, est à rechercher en Allemagne. Les Allemands le signalent, car cet individu est mis sur le système d'information Schengen, mais ils ne font rien. Ils sont en présence de quelqu'un qui est signalé pour s'être radicalisé, qui a séjourné plus d'un an en Syrie, mais ils se contentent de le contrôler sans le mettre sous surveillance. Ne faut-il pas aussi s'interroger sur une faille du côté allemand? Car arrivant en Allemagne, il aurait aussi pu projeter de frapper en dans ce pays. Leur service de sécurité aurait pu être saisi.

Propos recueillis par David Namias