BFMTV

Attentats: de plus en plus de Français juifs tentés par l'émigration en Israël

Une affichette improvisée, marquée d'un "Je suis juif, Charlie et français" et placardée lendemain de la prise d'otages, sur une barrière de sécurité devant l'épicerie casher de la porte de Vincennes, à Paris.

Une affichette improvisée, marquée d'un "Je suis juif, Charlie et français" et placardée lendemain de la prise d'otages, sur une barrière de sécurité devant l'épicerie casher de la porte de Vincennes, à Paris. - Kenzo Tribouillard - AFP

La République a mis en place un dispositif sécuritaire exceptionnel après les attentats de la semaine dernière: 10.000 militaires sont déployés dans tout le pays, mais aussi 4.700 policiers et gendarmes devant les écoles et les lieux de culte juifs. Mais les juifs de France ne goûtent pas ces mesures qui exacerbent un sentiment d'insécurité.

Tuerie perpétrée par Mohamed Merah à l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, attaque du musée juif de Bruxelles par Mehdi Nemmouche en 2013, prise d'otages sanglante au supermarché Hyper Cacher par Amedy Coulibaly… La violence terroriste contre les juifs d'Europe se répète.

En dépit d'un dispositif exceptionnel mis en place dès lundi par le gouvernement pour protéger leurs écoles et lieux de cultes, malgré l'élan de solidarité incroyable et une concorde nationale inédite précipitée par les attentats contre Charlie Hebdo, certains Français juifs restent tentés par une émigration en Israël. Le sentiment d'insécurité de ceux qui perçoivent désormais la France comme "hostile" est leur première motivation.

Amedy Coulibaly visait les juifs

Vendredi, deux heures avant d'être tué par les policiers, Amedy Coulibaly avait pris contact avec BFMTV, se réclamant de l'organisation Etat islamique et expliquant s'en prendre à dessein à des juifs à cause de "l'oppression" exercée contre les musulmans et les Palestiniens. La menace était, s'il en était besoin, clairement réitérée.

Selon François Hollande, une école juive de Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, pourrait avoir été la véritable cible de Coulibaly, avant qu'il n'abatte Clarissa Jean-Philippe, une jeune policière municipale de 25 ans. "L'enquête le dira", a tempéré mardi le président de la République lors de l'hommage national aux policiers tués. 

Une émigration record encouragée par Netanyahu

Avec un demi-million de membres, la communauté juive de France est la troisième plus importante au monde, après Israël et les Etats-Unis. Mais en 2014 et pour la première fois, la France a été le premier pays d'émigration vers Israël: plus de 6.600 juifs l'ont quittée.

Benjamin Netanyahu ne s'y était pas trompé, encourageant les juifs qui le désirent à émigrer, et en leur rappelant, lors de sa visite d'hommage aux victimes de la porte de Vincennes, qu'ils "seraient accueillis à bras ouverts". Mardi lors des funérailles à Jérusalem des quatre victimes juives de Coulibaly, le président israélien Reuven Rivlinson a exprimé son indignation: "Nous ne pouvons pas permettre qu'en 2015, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les juifs aient peur de marcher dans la rue en Europe en portant la kippa et les tzitzit", ces cordelettes du culte juif. 

Le sujet sensible de l'émigration des juifs de France en Israël avait donné lieu à une passe d'armes à fleurets mouchetés, samedi, entre Benjamin Netanyahu et Manuel Valls. Le premier avait estimé qu'Israël était le "foyer" des juifs de France, ce à quoi le second avait répliqué que "la France, sans les juifs de France, n'est plus la France". Un débat qui, bien entendu, a lieu dans la communauté juive de France.

Une protection comprise, mais problématique

La protection accrue des écoles et lieux de culte juifs par 4.700 policiers et gendarmes est jugé comme un mal nécessaire par la communauté juive. Paradoxalement, cette protection visible accroît chez certains un sentiment d'inquiétude, voire de peur. "S'il faut partir ailleurs, on ira ailleurs, mais il est inconcevable que mes petits-enfants aillent à l'école avec l'armée qui les surveille en permanence", s'insurge une grand-mère venue avec d'autres, rendre hommage à Yohan, 24 ans, l'une des quatre victimes juives de la porte de Vincennes. "Je ne me sens pas en sécurité ici. Je le dis franchement, j'ai peur", indique un jeune homme. Un autre a déjà pris sa décision, précisant qu'il allait "faire l'armée en Israël" et ensuite "continuer ses études supérieures là-bas".

Yohav Hattab et Yohan Cohen, âgés d'une vingtaine d'années, Philippe Braham, la quarantaine, et Francois-Michel Saada, la soixantaine, font partie des 17 personnes tuées dans les attentats qui ont mis la France en état de choc. Leur mort au cours de la prise d'otages dans le supermarché Hyper Casher, porte de Vincennes à Paris, a endeuillé la France et Israël.

David Namias et Antoine Delcourt